Comment en êtes-vous venu à jouer dans Alphonse Président ? Nicolas Castro, le réalisateur, a créé cette série en pensant à moi. Je l’ai trouvée bien écrite, très drôle et originale, à rebours des sujets actuels. Elle ne se déroule pas dans un commissariat ni dans un hôpital… De plus, les conditions de tournage étaient assez chouettes, se déroulant sur un temps très court, je n’étais pas habitué à ça. On a enregistré les dix premiers épisodes en cinq semaines, et les huit autres en quatre.

Comment présenteriez-vous cette série ? C’est une comédie un peu “rétro”. Nicolas et moi aimons ces références aux années 1970-80, voire aux Trente Glorieuses d’où est issu le président Alphonse Dumoulin. Ce dernier a pour modèles De Gaulle ou Mitterrand, de grandes figures du pouvoir et du siècle passé. Sans éprouver de nostalgie particulière, c’est une époque et un cinéma qui nous ont fait rêver, où tout était encore possible…

Nicolas Castro s’inspire aussi des comédies américaines, comme Seinfeld… Oui, et même Blake Edwards, dont on perçoit l’influence dans la deuxième saison, très burlesque. J’adore ce ton-là.

Comment avez-vous composé votre personnage ? Pensiez-vous à une personnalité politique ? Pas du tout. Mais, quand Nicolas Castro m’a expliqué qu’Alphonse Dumoulin fumerait la pipe et porterait des costumes de velours, très “vintage”, le personnage était composé ! J’ai aussi pensé à Jean-Pierre Marielle. Je me sens proche de cet humour, cette mauvaise foi, ce côté un peu misogyne et vieille France… Pour tout dire, les propos d’Alphonse Dumoulin sont assez proches de mes pensées.

Ce fameux bon sens terrien… Oui, celui d’un homme assistant à cette folie du monde, surtout dans la deuxième saison. A bien des égards, la série est iconoclaste et irrévérencieuse.

La série est burlesque mais dit beaucoup de choses sur le monde actuel, n’est-ce pas ?
Oui, sans se prendre au sérieux. Elle n’est pas politique comme Baron noir, même si ce registre reste sous-jacent. Alphonse a un certain âge, ses propres références historiques, et le voilà propulsé dans un monde numérique qui le dépasse complètement. J’aime son côté “seul contre tous”, renvoyant un peu à Cyrano ou à Don Quichotte. C’est le héros isolé, qui part en guerre contre la marche du monde et les GAFA, comme on le découvre dans la deuxième saison. Je reste séduit par cette idée du “Gaulois résistant”.

Pourquoi ? Parce que cette société nous engloutis, nous transforme en robots. On assiste impuissant à notre déshumanisation… Je ne suis pas optimiste face à ce formatage des individus, la réussite à tout prix, la compétition, l’idée de “gagner sa vie”, la pensée unique. Pour moi, Matrix était un film visionnaire.

Cela vous fait quoi de jouer les premiers rôles ? On a plus de temps ! Lorsqu’on porte la série, tout est écrit en fonction de votre personnage, c’est beaucoup plus confortable ! A contrario, quand on joue les seconds ou troisièmes rôles, il faut être efficace tout de suite, dans les quelques scènes qui nous sont attribuées…

On vous verra également en novembre dans J’accuse de Roman Polanski. Qui jouez-vous ici ? Oh, c’est un petit truc, une ou deux scènes… Mais c’était tout de même formidable, Roman Polanski est un grand réalisateur. J’y interprète l’un des généraux responsables de l’accusation de Dreyfus, le commandant Armand du Paty de Clam, une véritable saloperie…

Où vous sentez-vous le mieux ? Sur un plateau de cinéma ? Les planches d’un théâtre ? Les deux ! J’effectue aussi beaucoup de lectures, d’enregistrements, ce sont des exercices complémentaires mais cela reste un travail de comédien. Je prends autant de plaisir à interpréter Alphonse Dumoulin que Pinglet dans L’Hôtel du libre échange de Feydeau, en ce moment à La Comédie-Française, jusqu’à fin juillet.

On se souvient aussi de vous dans le rôle de Cyrano de Bergerac, mis en scène par Denis Podalydès. était-ce un moment fort de votre carrière ? Bien sûr, c’est un rôle mythique… et épuisant à jouer. Après cela, tout me semble une récréation ! Mais on oublie la fatigue car c’est tellement de plaisir pour le spectateur, les jeunes en particulier. Je garde plein de beaux souvenirs avec des enfants qui ont découvert le théâtre avec Cyrano. D’ailleurs, il est possible qu’on le reprenne… mais rien d’officiel !

Parmi les gens qui comptent pour vous, on peut citer Albert Dupontel, n’est-ce pas ? On se souvient de vous dans Les Sales histoiresOui, j’apparais aussi dans Bernie, Le Créateur, ensuite on s’est perdus de vue durant une petite dizaine d’années, avant de se retrouver avec Au revoir là-haut. J’aime beaucoup Albert, c’est un bosseur incroyable et surtout un grand cinéaste.

Comment travaillez-vous ? Vous semblez “boulimique”…
Pas du tout ! Je suis plutôt paresseux. Si on ne m’appelle pas, je reste chez moi à lire et m’occuper de mes filles et de ma famille ! Je réponds bien sûr aux projets intéressants mais, sinon, je ne recherche pas le travail à tout prix. Je suis l’anti-Vincent Lindon, qui se bagarre pour obtenir un rôle. D’ailleurs je ne sais pas le faire et ça ne m’intéresse pas. Je reste d’un naturel assez sauvage. Je ne suis pas du tout “people”, dans les soirées où il faut être… Je ne me sens pas à l’aise dans une pièce où il y a plus de six personnes (rires).

Quel acteur êtes-vous ? Je ne dirais pas acteur, car je ne sais pas mettre ma personnalité en avant, mais comédien. Devant la caméra ou au théâtre, j’adore la notion de composition, enfiler le masque d’un personnage, au service de l’auteur. Je ne suis qu’un interprète sans cesse en quête de rôles différents, car la répétition m’effraie.

Comment êtes-vous devenu comédien ? Il y avait un club de théâtre au collège. On me regardait, et j’aimais ça. En général, on fait ce métier pour être vu, même si par la suite on essaie de se cacher… Il y a là quelque-chose de l’ordre de la reconnaissance, ce besoin d’être aimé, peut-être dû à un manque conscient ou inconscient. Ensuite, après le collège j’ai tourné des courts-métrages avec un copain, je me suis inscrit au Conservatoire d’Orléans puis celui de Paris. Avant cela j’avais suivi des études pour être prof de français, mais il s’agissait surtout de rassurer mes parents. Mon parcours reste assez académique.

Avec qui rêveriez-vous de jouer ? Depardieu m’impressionne, j’ai tourné avec lui sous la direction de Bertrand Blier. Mathieu Amalric aussi, et enfin Benoît Poelvoorde. Ces trois-là me bluffent vraiment. Je suis comme un gamin devant eux. Ils ont un instinct incroyable, que je n’ai pas. Mon travail est beaucoup plus laborieux, raisonné.

Propos recueillis par Julien Damien

De Nicolas Castro, avec Michel Vuillermoz, Bruno Gouery, Jean-Michel Lahmi,… Saison 1 disponible sur OCS, saison 2 disponible le 02.05


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