Vue d'exposition © Laurent Lamacz

Le cheval de Troie, Achille le guerrier invincible au talon fragile, Hector, le voyage d’Ulysse… Autant de héros (de super-héros, dirait-on aujourd’hui) et d’histoires qui ont traversé le temps. Ils sont issus des siècles obscurs, cette époque mal connue de la Grèce antique s’étalant du XIIe siècle au VIIIe siècle avant J.C., et surtout de la même imagination : celle d’Homère, auteur des 24 chants de L’Iliade et des 24 autres de L’Odyssée. Mais l’aède, souvent représenté en homme barbu et aveugle, a-t-il seulement existé ? Etait-il ce Dieu régnant sur les arts, comme le montre cette gigantesque tapisserie de la manufacture des Gobelins ? Ou alors un mendiant ? « L’hypothèse d’un seul homme est la plus économique, mais les anciens croyaient à un collectif, appelé les Homérides, garant d’une tradition de cette matière orale et du texte original », explique Alexandre Farnoux, directeur de l’école française d’Athènes et co-commissaire de cette exposition.

Texte fondateur

Si la réalité même d’Homère est toujours débattue, son influence sur la culture occidentale reste immense, comme le montre cette exposition à travers plus de 250 œuvres. « Tout ce qui le concerne est incertain et pourtant, il est partout ! Dans la littérature, le cinéma ou même notre langage : on connaît tous le talon d’Achille, la voix de Stentor, Pénélope attendant son Ulysse… », rappelle Luc Piralla, le directeur-adjoint du Louvre-Lens, se promenant entre une toile de Cy Twombly et un casque à dents de sanglier antédiluvien. « Oui, Homère reste un mystère, renchérit Alexandre Farnoux. Mais c’est aussi un miracle ». Celui d’avoir traversé les siècles. Passant de l’oralité à l’écrit, ses mots « ont nourri une sorte de bible laïque, devenant le principal livre scolaire du monde grec dès le troisième siècle. Il portait alors la somme de tous les savoirs antiques : la géographie, l’histoire, la morale… ». Son passage à l’imprimerie, à Byzance au XVe siècle, exportera cet engouement en Occident, pour ne plus le quitter.

Parcours fleuve

Après avoir interrogé la figure du poète, le parcours se scinde en deux “fleuves”. Le premier nous transporte dans L’Iliade et les scènes mythiques de la guerre de Troie. Un récit jalonné de morts (à l’image de ce sublime Sarpédon de Henri-Léopold Lévy, magnifié dans une posture christique), de combats forcément homériques et de héros impitoyables, aux sentiments exacerbés, telle La Colère d’Achille de Fournier (prix de Rome en 1891), où Athéna empêche in extremis le demi-dieu de tuer son roi, Agamemnon. Le second fleuve nous entraîne dans L’Odyssée, racontant le retour d’Ulysse à Ithaque après 20 ans de luttes. On y retrouve les monstres qu’il combattit durant son périple, comme le cyclope Polyphème ou les sirènes qui ont ici inspiré Chagall. De grands personnages féminins marquent aussi notre visite, telles Pénélope, immortalisée par ce bronze de Bourdelle, ou cette Circé peinte par John William Waterhouse, Nausicaa…

Section Iliade © Laurent Lamacz

Section Iliade © Laurent Lamacz

Héros intemporels

Au centre de ces deux fleuves, un couloir s’intéresse à “l’homéromanie “, soit la fascination que le prince des poètes exerça sur les scientifiques, intellectuels, artistes ou artisans de tout temps. Pour preuve ce célèbre portrait de Léon Bonnat (1879) représentant l’auteur des Misérables le coude appuyé sur un exemplaire d’Homère, ou encore le film O’Brother des frères Cohen, (très) librement inspiré de L’Odyssée. « Les héros d’Homère sont suffisamment protéiformes et universels pour que chaque époque puisse les investir d’un sens nouveau, décrypte Alexandre Farnoux. La figure d’Ulysse fut par exemple énormément interprétée. Les néoplatoniciens y ont vu une image de l’Homme cherchant la vérité, les chrétiens une métaphore de l’âme aux prises avec la vie terrestre et trouvant le paradis à Ithaque. Aujourd’hui, il est le migrant par excellence, bravant mille obstacles et naviguant sur les mers pour atteindre une terre plus favorable ». Pour citer cette phrase du philosophe romain Saloustios (IVe siècle) qui clôt l’exposition : « Toutes ces choses n’existent pas, mais elles durent encore ».

Julien Damien
Informations
Lens, Louvre-Lens

Site internet : http://www.louvrelens.fr/

Galerie du temps et Pavillon de verre :
Entrée libre et gratuite

Galerie d’expositions temporaires :
Tarif plein : 10€ / 18 – 25 ans : 5€ / – 18 ans : gratuit

Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h (dernier accès et fermeture des caisses à 17h15).

Fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

27.03.2019>22.07.2019Tous les jours sauf mardi 10h>18h, 10>5€ , Gratuit -18 ans
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