Les cieux grands ouverts

© Laurence Vray

Mons a pris goût à la fête. Prolongeant l’effervescence de 2015 par une biennale riche en événements participatifs, elle offre ses murs, places ou squares à une dizaine d’artistes franco-belges, telle une grande page blanche ne demandant qu’à être colorée. Baptisé “L’art habite la ville”, le projet comprend des fresques, installations et ateliers, ayant pour dénominateur commun les souvenirs d’enfance.

Ville de culture, Mons regarde l’avenir avec confiance, mais sans oublier ses racines. Pour preuve la semaine de liesse (celle du Doudou) qui agite ses moindres artères chaque année à la mi-juin. Le folklore régional irrigue d’ailleurs la programmation de “L’art habite la ville”, conçue par Baptiste Fiore. « Nous, les Montois, avons des souvenirs communs. Enfants, nous allions tous à la plage au même endroit, par exemple. J’ai trouvé amusant de lancer les artistes sur ce thème », détaille le chargé de projet, qui a misé sur une vingtaine d’œuvres très diversifiées pour garnir ce musée à ciel ouvert.

© Noir Artist

© Noir Artist

Célébrer le patrimoine

Locale de l’étape, la photographe Laurence Vray accroche aux fenêtres murées de la rue d’Enghien les images de ses propres filles, capturant l’évanescence du passage à l’âge adulte. Tout autre public, mais même thème pour Olivier Sonck. Le Tournaisien a recueilli lors d’ateliers d’écriture, à la maison d’arrêt de Mons, la parole de détenus s’exprimant sur leurs jeunes années. Ce spécialiste de l’art “graphico-littéraire” en tire de jolies formules s’affichant sur les murs de la prison. « Il a mis au point une peinture qui s’estompera bientôt, ne laissant que des traces, comme nos souvenirs d’enfance », confie Baptiste Fiore. Flânant du côté du square Roosevelt, ne manquez pas non plus la sculpture de David Mesguich, “glitch artist” de son état, du nom de ce courant esthétisant les anomalies numériques, les écrans victimes de bugs informatiques. Ce Français installé à Bruxelles puise dans les légendes du cru. Il réveille ainsi la jeune fille livrée au célèbre dragon de Mons en amoureuse encadrée de papillons – ceux qui s’agitent dans son ventre, bien sûr.

© Oli-B

© Oli-B

On partage ?

Si l’art prend ses quartiers en ville, il n’en oublie pas ses habitants. Chacun est invité à se réapproprier ruelles et pavés et, surtout, à partager l’espace public. Après avoir convié plusieurs générations de Montois à se faire tirer le portrait, l’association Blanc Murmure leur a proposé de dessiner une photo, la leur ou celle des autres, sur des nichoirs exposés Place du Parc. Une référence à peine dissimulée au cocon familial, et une façon d’appréhender la cité avec poésie.

Marine Durand
Informations
Mons, Partout en ville
30.03.2019>30.06.2019Gratuit
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