A l'anglaise

(c) Will Robson Scott

Pardonnez ce zeste de chauvinisme : ce rappeur anglais est de chez nous. Eh oui ! C’est à Lille qu’Oliver Godji, alias Octavian, vit le jour en 1996. Avant de filer à Londres, encore bambin. Un rappeur anglais, donc ? Oui… et non. Explications.

On ne questionnera pas l’état civil d’Octavian. Né en France, oui. Mais grandi à deux pas de Brixton dès l’âge de trois ans, il est donc anglais. Sinon, on renverrait chaque immigré à ses origines – pas le genre de la maison. En revanche, l’anglicité artistique d’Octavian interroge. Le rap, ce sont des dizaines de divisions : schisme East Coast vs West Coast, rap d’Atlanta, école de Detroit, flow codéiné du deep south, etc. L’école britannique s’est construite en réaction au grand frère US. On pense aux chroniques de The Streets, aux inventions de Roots Manuva ou encore à Dizzee Rascal ou Wiley qui mêlèrent hip-hop, bass music et UK Garage pour créer un autre (sous) genre : le grime.

Plus d’un tour dans sa Manche

Et Octavian, dans tout ça ? Si un tube comme Party Here joue avec le grime, justement, le résultat est trop touffu (pour ne pas dire confus) pour se cantonner à cette spécialité locale. Notre ami pioche également dans la trap et la drill, sucreries typiquement américaines. Mais, attendez une seconde : et si, tout simplement, il s’en foutait complètement ? Et si tout ceci n’avait aucune espèce d’importance ? Après tout, ce Londonien ne vise qu’une seule chose : entrelacer dans un même mouvement rap rugueux et chant autotuné, beats moelleux ou trépidants, basses profondes ou hystériques. Ce genre de plaisir, finalement, ne s’embarrasse jamais d’un quelconque passeport.

Thibaut Allemand
Concert(s)
Octavian
Bruxelles, Botanique

Site internet : http://www.botanique.be

14.02.2019 à 19h30Complet
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