Why Hasn’t Everything Already Disappeared ?

4AD

Le huitième album de Deerhunter, malgré son titre, n’est pas un traité de collapsologie (soit l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle). Après Fading Frontier en 2015, son disque le plus conventionnel, le groupe de rock d’Atlanta sert dix titres sans cohérence apparente, mais d’une hauteur rarement atteinte. Il est ici question d’une prise de conscience. Celle, particulièrement aiguë, de son démiurge Bradford Cox, génie tourmenté mais lucide sur la futilité de son entreprise et les limites de son audience, comme il le confiait dans une interview pour le site Stereogum. Derrière une parure pop glam ou psyché, sertie de clavecins et d’envolées célestes, transparaît ainsi une ambiance pas folichonne. On perçoit nettement la doublure, sur fond de changement climatique, de violence irriguant nos sociétés, voire des derniers jours de James Dean dans la pampa texane… Deerhunter enregistra en effet ce Why Hasn’t Everything Already Disappeared ? à quelques encablures du lieu de tournage de Giant. On prend rapidement la mesure de la dominante sombre de cet album, sans perdre de vue son extrême beauté.

Mathieu Dauchy
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