Classe tous risques

Les preuves du désastre environnemental s’accumulent. D’évènement en évènement se forme, à l’échelle du globe, un nouvel imaginaire apocalyptique. Dans ces conditions, que peut le cinéma ? Pourquoi pas abandonner les vieilles ficelles du film-catastrophe pour ancrer ce péril dans notre quotidien ?

L’Heure de la sortie se donne d’abord comme un film de genre. Remplaçant un professeur qui s’est défenestré durant les cours, Pierre Hoffman (Laurent Lafitte) est vite déstabilisé par les élèves à qui il est censé enseigner le français. Brillants, ceux-ci ne manquent pas de remettre en cause sa légitimité. Après tout, pourquoi est-il encore vacataire à 40 ans ? À partir d’une confrontation de classes assez piquante (la grande bourgeoisie contre l’enseignant précarisé) Sébastien Marnier sème le trouble, et bientôt l’angoisse. Nappés de la musique de Zombie Zombie, même les plans les plus anodins annoncent une menace. Pratiquant d’étranges rituels, les collégiens se révèlent hantés par l’idée de la fin du monde. En cela, L’Heure de la sortie n’est pas sans évoquer Take Shelter (Jeff Nichols, 2012). Mais là où l’Américain jouait de l’éventuelle folie de son personnage, le Français fait de la catastrophe moins un horizon qu’un point de départ. Elle rôde sur nos écrans, derrière le paysage. Si proche, et pourtant si facile à occulter… Le travail du film est de rendre ce danger sensible. Pour rompre la spirale du pire, Marnier suggère qu’il faut commencer par imaginer l’inimaginable : un monde sans humanité.

Raphaël Nieuwjaer
De Sébastien Marnier avec Laurent Lafitte, Pascal Greggory  et Emmanuelle Bercot… Sortie le 09.01
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