On peut rire de toutou

Photo Laurent Bricard

Fan de rock devenu critique rock puis humoriste rock, chroniqueur d’ “Actualiziks” azimutées sur France Inter, Daft Punk clownesque, second rôle impayable au cinéma… Thomas VDB a une carrière rythmée, mais le syndrome du mal de dos pendant les concerts a fini par le rattraper. Ce quadra peut-il espérer mieux que la tendresse d’un “bon chienchien”, comme l’annonce ce très personnel quatrième spectacle ?

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ? Je suis né en 1977 et j’ai sorti ma première blague à six ans. Mon cousin m’a demandé : « Il est tatoué ce chien ? ». Ce à quoi j’ai répondu « bien sûr qu’il est à moué ». Ça a été une révélation. J’ai commencé à jouer la comédie en 1998 et me suis lancé dans le théâtre de rue.

Vous avez aussi été journaliste musical, n’est-ce pas ? En parallèle, j’ai effectivement eu la chance de collaborer au magazine Rock Sound. Le journalisme n’était pas ma motivation première mais j’étais – et suis toujours – un fan de musique. Cette expérience m’a permis d’approcher certains de mes héros.

Justement, quelles furent ces rencontres marquantes ? En rejoignant cette rédaction j’avais une liste d’artistes que je rêvais d’aborder. J’ai ainsi pu interviewer Brian May, moi l’immense fan de Queen, mais aussi Rivers Cuomo de Weezer ou encore le groupe anglais The Cult.

Qu’écoutez-vous en ce moment ? J’ai du mal à suivre l’actualité musicale, je l’ai fait trop assidûment pendant des années… Je me repasse donc beaucoup d’anciens groupes. Ça fait vieux con de dire ça, mais je me sens parfois dépassé par les goûts des jeunes. Skrillex par exemple, ça sonne comme une machine à laver, c’est affreux ! Je ne comprends pas ces artistes cherchant à se montrer inventifs à tout prix. Si un genre n’a jamais été créé, il y a une raison ! Cette année, j’ai quand même découvert quelques trucs : Sloan, Giuda… Et puis j’adore Kanye West !

Injectiez-vous déjà de l’humour dans vos articles ? Je n’ai jamais essayé d’être un journaliste rigolo. D’ailleurs je suis incapable de plaisanter sur les groupes que j’adore, je peux être hyper sérieux quand je parle de musique.

Comment définiriez-vous votre humour ? Il me fait beaucoup rire ! Plus sérieusement, j’essaie de me moquer du monde, mais pas des gens. J’aime bien jouer au débile, comme je le fais avec Mathieu Madénian, en ne disant rien, comme un clown. J’adore ce côté enfantin. On me parle parfois d’absurde, mais je ne vois pas bien ce que ça veut dire…

Quel est le sujet de votre nouveau spectacle ? Il y est question de moi, à 40 ans, qui désormais s’ennuie pendant les concerts. Je parle de mes passions, évoluant avec la paternité, et Internet aussi…

Vous évoquez aussi notre rapport ambigu aux objets, aux livres qu’on achète sans les lire et aux disques devenus obsolètes… Oui, je suis fasciné par le retour du vinyle par exemple, la façon dont les maisons de disques ont compris le truc. C’est totalement contradictoire avec l’écologie… Une nostalgie du vinyle ? Et pourquoi pas une nostalgie du forgeron ou de l’invention de la roue ?

Pourquoi ce titre, Bon chienchien ? J’aime les gros chiens. Pas les petits caniches, les gros avec plein de poils, j’ai envie de plonger dedans. Et puis ce “bon chienchien” c’est un peu moi aussi, bonne pâte, qui s’ennuie facilement…

On connaît votre passion pour Queen, Spoon ou les Sparks, mais qu’est-ce qui vous fait rire ? Tout dépend de l’âge. Plus jeune j’ai aimé De Funès, Desproges… Aujourd’hui je citerais Louis C.K., Larry David, Ricky Gervais, mais aussi ces nombreux Français talentueux, Blanche Gardin, Monsieur Fraize, Pablo Mira… Cette génération est brillante. Sans doute parce que notre société très tendue a besoin d’être détendue.

A ce propos, que pensez-vous de la polémique soulevée par CopyComic, cette chaîne YouTube qui dénonce des cas de plagiat flagrants parmi les humoristes français ? Je ne suis pas fan de l’aspect « corbeau » de l’affaire, mais c’est vrai qu’il y a des démonstrations implacables. Cela peut cependant être subtil, deux humoristes peuvent tout à fait imaginer la même blague et ne pas la raconter de la même façon. On ne va pas remonter jusqu’à Roland Magdane pour dénicher un sketch vaguement inspiré d’un autre… ?

Qu’en est-il de votre duo avec Mathieu Madenian ? Après avoir beaucoup travaillé sur des programmes courts pour la télévision, nous sommes en train d’écrire une fiction longue.

Quels sont vos projets, en radio comme au cinéma ? Je suis toujours dans la bande de Charline sur France Inter, et je joue dans trois films sortant en 2019, dont celui de Marilou Berry (ndlr : Quand on crie au loup). Je poursuis également mon podcast 100 VDB par minute, qui est une sorte de talk décalé avec un invité.

Il paraît que vous écrivez aussi un roman ? Ça m’a pris comme ça, j’ai commencé à rédiger une sorte de récit autobiographique, j’y relate mes mémoires en lien avec la musique, mon premier mange-disque, mon passage chez Rock Sound

Propos recueillis par Mathieu Dauchy
Informations
Béthune, Le Poche
17.01.2019Complet
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