Home Exposition Revolutions – Records & Rebels. 1966-1970

Ex-fan des sixties

(c) Julien Damien

Tandis que la France tangue au rythme des gilets jaunes, l’ING Art Center de Bruxelles nous replonge au cœur de la révolution qui secoua le monde durant la seconde moitié des sixties. Rassemblés par le Victoria and Albert Museum de Londres, 350 objets originaux retracent ces bouleversements culturels, sociaux, technologiques et artistiques.

Ce chambardement démarre par une grosse crise d’adolescence. Au pays de l’Oncle Sam, les baby-boomers s’ennuient ferme. En Europe, ils sont lassés de leurs parents trop conservateurs (marqués par deux guerres mondiales, tout de même), alors que l’économie tourne à plein régime. « Cette jeunesse a soif de liberté, précise notre guide, Dagmar Ghesquière. Elle a envie de dépenser, de s’amuser, de vivre ». C’est pourquoi elle va prendre la main sur la mode, la musique, le cinéma, la politique…

© Vincent Everarts

© Vincent Everarts

Good trip

Casque sur les oreilles, nous déambulons dans les deux étages du parcours au rythme d’une BO de circonstance (Jefferson Airplane, The Rolling Stones…). La visite débute au cœur du Swinging London, marqué par ses fringues légères et colorées rappelant les clubs et boutiques de Carnaby Street. Son égérie est une poids plume de 16 ans aux yeux immenses et surlignés d’eyeliner : Twiggy. Les jupes et les cheveux sont courts mais les idées élargies, grâce au LSD par exemple, dont on observe ici quelques buvards. Nous sommes en plein psychédélisme. Les Beatles n’y échappent pas, accouchant de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. D’ailleurs, on admire ici le costume porté par Lennon sur la pochette de cet album mythique, et le manuscrit de Lucy in the Sky with Diamonds !

Prise de conscience

« Cette génération hédoniste n’achète plus par besoin, mais par envie », soutient Dagmar. C’est le début de la société de consommation, et l’explosion de la publicité. L’URSS et les USA se disputent la Lune et les Terriens contemplent ces expéditions sur leurs premières télévisions, bien calés dans des fauteuils aux lignes arrondies (telle cette Globe Chair d’Eero Aarnio). Ces années fascinent aussi par le rejet de la culture dominante. Une partie de la jeunesse s’élève contre les gouvernements et l’autoritarisme en général : manifestations contre la guerre du Vietnam, Mai 68, Black Panthers, revendications gays et féministes.

Hewlett-Packard, HP 9100A calculator, 1968 © Julien Damien

Hewlett-Packard, HP 9100A calculator, 1968 © Julien Damien

Symbole de cette impatience, Jimi Hendrix assassine l’hymne américain avec sa guitare, le mêlant au son des bombes. A Woodstock justement, les hippies n’ont cure de l’avènement des ordinateurs personnels (le Hewlett-Packard 9100A), trop occupés à faire l’amour (merci la pilule contraceptive). Entre deux volutes suspectes, ils s’interrogent : ce consumérisme effréné ne serait-il pas en train de tuer Dame Nature ? Arrivent les seventies, et la naissance de Greenpeace. En vain ? L’exposition s’achève. Dans notre casque résonne Imagine. Oui, il n’y a plus qu’à tout recommencer.

Julien Damien
Informations
Bruxelles, ING Art Center
24.10.2018>10.03.2019tous les jours (sauf lundi) : 10 h > 18 h (21 h le mercredi), 12 > 2 € / gratuit (-18 ans)
Articles similaires
Photographie réalisée pour-le-roman-photo Il Giorno-dell’odio-(Le Jourde la haine)-publié dans Bolero-film,1962-1963