L’humour libre

Photo Fifou

Révélé en 2010 par le Jamel Comedy Club, Malik Bentalha a depuis fait son bonhomme de chemin. Après un premier one-man-show remarqué (Malik Bentalha se la raconte) et un détour par le cinéma, revoilà l’humoriste de 29 ans sur scène. Dans Encore, son deuxième spectacle, il se livre plus que jamais, mettant son enfance et son quotidien au service d’une tchatche surnaturelle. Rencontre avec un pro de l’impro.

Comment êtes-vous devenu humoriste ? Quand j’étais petit, mon père ramenait à la maison des VHS de Coluche, Desproges ou des premiers spectacles de Gad Elmaleh. Rire et Chansons tournait également dans la voiture… Je ne comprenais pas tout mais me suis dit que j’aimerais faire ça, moi aussi. L’idée a fait son chemin et, suivant les conseils d’une prof d’Espagnol en terminale, je suis monté à Paris.

Tout a donc démarré à l’école ? Oui, la classe était un bon laboratoire, pour les vannes comme pour le sens du timing. En cours, tu ne peux pas faire le con n’importe quand, il faut savoir placer la bonne blague au bon moment !

C’est ensuite Alex Lutz qui vous a repéré, n’est-ce-pas ? Exactement, au Point-Virgule. Il m’a un peu sauvé la vie à un moment où je n’avais plus un centime en poche. J’allais abandonner à 18 ans lorsqu’il m’a dit : « Je vais m’occuper de toi mon petit ».

Comment définiriez-vous votre humour ? En abordant tous les sujets de la vie quotidienne et m’appuyant sur ma propre expérience, je touche les gens de 7 à 77 ans. Je laisse aussi énormément de place à l’improvisation, près d’un tiers de ce spectacle.

Est-ce important pour vous de garder cette liberté ? Oui, très ! J’évite ainsi de jouer tout le temps le même spectacle. J’aime me mettre “en danger” et trouver des petites pépites chaque soir, en fonction des retours du public.

Avez-vous une anecdote à nous raconter à ce sujet ? J’ai joué dans un théâtre à La Ciotat en même temps que le fils de Clint Eastwood, dans la salle d’à côté (ndlr, Kyle, grand nom du jazz). Au bout de 15 minutes, une nana assise au premier rang s’est levée en s’écriant : « je me suis trompée de salle ». Il lui a quand même fallu un quart d’heure pour se rendre compte que je n’étais pas le fils de Clint ! J’ai alors improvisé dix minutes avec cette histoire. J’ai gardé cette séquence en vidéo, quitte à la ressortir un jour…

Les scènes ouvertes sont-elles une bonne école ? Totalement ! Le Jamel Comedy Club est une scène très difficile, c’est un club à la New Yorkaise avec un bar. Les gens boivent en même temps, donc il faut tout de suite attirer l’attention, c’est très formateur. D’ailleurs, c’est peut être le seul endroit où, dans le public, tu croises François Hollande et JoeyStarr.

N’est-ce pas pesant d’être sans cesse associé à Jamel ? Au contraire, j’en suis fier et je ne le renierai jamais. C’est grâce au Jamel Comedy Club que j’en suis là, au même titre qu’Alex Lutz. « Aux grands hommes la patrie reconnaissante », comme on dit.

Justement, quels seraient vos modèles ? Ceux affichant une certaine longévité mais, ce que je retiens surtout chez eux, c’est la gentillesse, le temps qu’ils prennent avec les fans. Quand Jamel ou Gad, sortent d’un Zénith ou d’une petite salle, il s’arrêtent, prennent le temps avec les gens… Ils restent humbles, n’oublient pas d’où ils viennent. Il ne faut jamais oublier que dans ce métier, notre seul patron c’est le public.

Vous nous faites beaucoup rire, mais qu’est-ce qui vous fait rire vous ? Je me nourris vraiment de tout ce qui m’entoure. Tous les jours je suis surpris par mes amis d’enfance, ma famille… et ça, ça n’a pas de prix. Si tu t’isoles et ne te marres plus, tu ne peux plus écrire. Parfois, c’est aussi un mec du public qui me fait mourir de rire.

Vos proches comptent beaucoup pour vous, n’est-ce pas ? Oui, c’est d’ailleurs mon père qui gère mes affaires et ma société, ma maman n’est jamais très loin, mon meilleur pote m’accompagne en tournée, s’occupant de l’organisation et je connais mon producteur depuis des années.

Quel est le sujet de votre nouveau spectacle, Encore ? Je parle de mon enfance, de ce qui m’a touché ces dernières années. J’ai tourné des films assez “ouf” comme Pattaya, Taxi 5. J’évoque donc mon rapport à la notoriété mais aussi la nouvelle mode du bio, des végans, des salles de sport… J’aborde enfin les événements du 13 novembre.

Les humoristes ont-ils un rôle à jouer dans la vie “politique” ? Le seul rôle que je m’octroie est celui de faire rire le public, je ne me sens pas investi d’une mission. On vit une époque difficile et je sais à quel point il est compliqué de payer une place de spectacle. D’ailleurs, je ne réalise toujours pas quand je vois les gens faire la queue pour me voir. Je me dois donc de tout donner sur scène.

Pensez-vous qu’il est plus difficile de faire rire qu’à l’époque de Coluche, Desproges ou des Nuls ? Oui, les temps ont changé, on est tous un peu à fleur de peau, sur n’importe quel sujet ! Ce serait compliqué pour Pierre Desproges aujourd’hui. Lui-même affirmait qu’on pouvait rire de tout mais pas avec n’importe qui. Il avait raison… C’est très compliqué pour les humoristes, ils sont désormais des stars. Il suffit de regarder le classement des personnalités préférées des Français. A l’époque c’était différent, il n’y avait pas les réseaux sociaux, moins de chaînes de télé, on ne filmait pas avec son portable… Il faut dont faire très attention à ce qu’on dit mais, de toutes façons, je ne veux blesser personne sur scène et reste bienveillant.

Vous évoquez par exemple votre frigo. Depuis, ce sketch est devenu populaire grâce au clin d’œil de Kylian Mbappé lors d’une victoire du PSG. Maintenant, on appelle ça “la célébration du frigo “… C’est assez fou, j’en suis très fier ! Kylian est un pote et c’est un vrai bonheur pour moi qui suis fan de foot et encore plus du PSG.

Vous remplissez des Olympia, des Zénith… Qu’est-ce qui vous anime encore après tout ça ? Mon rêve le plus fou était de toucher tous les Français. J’en suis encore loin mais, demain, je veux faire marrer le p’tit gars qui vit en banlieue parisienne comme la mamie qui habite dans le Gers. Pour citer Oscar Wilde : « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles ».

Quelque chose à ajouter ? Oui, le nord de la France et la Belgique correspondent à mes plus beaux souvenirs, c’est ici que j’ai rempli mes premières salles, au Sébastopol à Lille ou à Bruxelles. Danny Boon a de la chance, il a le meilleur public du monde. Je vais essayer d’être adopté !

Propos recueillis par Marion Humblot
Informations
Anzin, Théâtre d'Anzin
13.12.201820h, 38€
Saint-Quentin, Le Splendid
14.12.201820h30, 38€
Dunkerque, Le Kursaal

Site internet : http://www.dunkerquekursaal.com/

15.12.201820h, 38€
Lille, Le Zénith
23.03.201920h, 43>39€
Articles similaires

Samuel West Photo © Anja Barte Telin