Liberté de tons

Hervé DI ROSA, René sous l'eau, 2011 © Pierre Schwartz

Le Musée du Touquet-Paris-Plage consacre une vaste rétrospective au Sétois Hervé Di Rosa. Essentiellement consacré à sa peinture, ce parcours dévoile près d’une soixantaine de toiles (dont beaucoup d’inédites) et 40 ans d’une oeuvre puisant aussi bien dans le punk, la bande dessinée que le graffiti. Rencontre avec un artiste majeur de notre temps, et un esprit sacrément libre.

Une myriade de couleurs vives, de formes, de références. L’impression de parcourir une œuvre monde… Pénétrant dans la villa Way Side, le visiteur est d’emblée saisi par l’oecuménisme pictural s’étalant sur les murs. L’anarchie ? Il y a de ça. « Quand j’ai commencé en 1977, j’avais 18 ans, j’écoutais les Clash et les Sex Pistols. Le punk fut libérateur. Ces musiciens n’avaient pas de technique ni de matériel, mais des trucs à dire. Et ils les disaient, explique l’artiste avec son bel accent méditerranéen. C’était pareil pour moi, je n’avais pas de talent particulier ni d’argent pour payer mes toiles, alors je peignais sur des morceaux de papier, de tissu, de carton… ».

Peu emballé par ce qui se voyait alors dans les musées (« trop bourgeois, académique »), l’ancien élève des Arts décoratifs de Paris découvre le graffiti à New-York auprès de Keith Haring ou de Futura 2000. Il s’illustre au début des années 1980 en initiant avec Robert Combas (entre autres) la Figuration libre – soit la volonté de figurer librement toutes les cultures. Héros burlesques, tons vifs, composition épurée… Le mouvement emprunte beaucoup au 9e art, une influence majeure d’Hervé Di Rosa, qui a grandi avec Métal Hurlant ou Bazooka. « Je suis un enfant de la BD, de l’illustration de pochettes de vinyles ou d’affiches de film. Ces images m’ont marqué au même titre que Jérôme Bosch ou Henri Matisse, raconte-t-il. Mais je me suis vite aperçu que le milieu de l’édition n’était pas pour moi. Mon ami Wolinski, à l’époque directeur de Charlie mensuel, m’avait publié deux fois mais prévenu : “c’est mal dessiné, il n’y a pas d’histoire…tu n’as aucun avenir ici !” ».

Hervé DI ROSA, La bibliothèque de Victor Plat, 2017 © Pierre Schwartz - Courtesy FIMAC

Hervé DI ROSA, La bibliothèque de Victor Plat, 2017 © Pierre Schwartz – Courtesy FIMAC

Melting-potes

Hervé Di Rosa s’est ainsi créé une « mythologie » emplie de bonshommes loufoques, tels les “Renés”, ces cyclopes rouges à grosse bouche. « Je n’avais pas de facilités en peinture, ces personnages me permettaient donc de représenter des types psychologiques ou formels, c’est un alphabet ». Dans les années 2000, il fonde cette fois l’Art modeste pour lequel il érige un musée, le Miam*, dans sa ville natale. Pour le dire vite, il s’agit de mettre l’art à hauteur d’hommes. « Ce n’est pas un genre, mais un regard différent sur les choses. Je pense qu’on peut apprécier de la même façon une planche de BD et la Chapelle Sixtine. Le but, c’est de rapprocher création contemporaine et populaire. Mon travail peut ainsi être apprécié par les amateurs d’art comme les néophytes, qui vont y trouver des références connues ».

Atelier nomade

L’autre grande affaire d’Hervé Di Rosa, c’est le voyage. En 1993, il entreprend un vaste tour du globe, l’emmenant en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud… « Cette envie est née d’une frustration, j’allais peu en vacances durant mon enfance. A Sète, je voyais les bateaux partir, toujours sans moi, confie-t-il. Pour autant, je déteste jouer les touristes et ne voulais pas refaire le coup de l’artiste-baroudeur, une idée très colonialiste. Le pittoresque et le folklore ne m’intéressent absolument pas. Je préfère rencontrer les gens aux quatre coins du monde pour apprendre à concevoir avec eux des objets et des images  ». En témoignent ses bois couverts de laque et de nacre conçus dans un village vietnamien et exposés au Touquet, ou encore ses céramiques façonnées dans l’une des fabriques d’azulejos (carreaux de faïence) de Lisbonne – cette fois visibles à la Piscine de Roubaix. « C’est un atelier nomade, ces artisans interviennent sur mes peintures, comme si d’autres cultures venaient vivre chez moi ».

A suivre

Cette volonté d’ouverture, de mélange, n’a rien d’anodin à l’heure de la résurgence des nationalismes, donnant à son art une dimension essentielle. « Oui, ce qui était au départ une démarche formelle est devenue politique. Il y a 30 ans, je pensais que la question européenne était réglée. Le métissage ou la révolution sexuelle semblaient acquis, mais sont désormais remis en cause… Cela me pousse à continuer, de prouver plus fort encore qu’on a toujours besoin des autres, car un artiste comme moi ne peut exister seul…». De par son foisonnement, ce parcours chronologique en est l’illustration parfaite. « Mais j’ai encore du pain sur la planche, assure le Français, qui s’intéresse maintenant au cristal de Bohême. Dites-vous bien que cette exposition n’est pas une rétrospective, mais une introduction ! » Message reçu.

* Musée International des Arts Modestes

A LIRE AUSSI : L’INTERVIEW DE L’ARTISTE

Photo portrait (© Victoire Di Rosa)

© Victoire Di Rosa

Julien Damien
Informations
Le Touquet, Musée du Touquet-Paris-Plage
20.10.2018>19.05.2019tous les jours sauf mar : 14 h > 18 h,, 3,50 / 2 € / gratuit (-18 ans)
Roubaix, Musée d'Art et d'Industrie André Diligent - La Piscine

Site internet : http://www.roubaix-lapiscine.com/

20.10.2018>20.01.2019mar > jeu : 11 h > 18 h, ven : 11 h > 20 h sam & dim : 13 h > 18 h, 11 / 9 € / gratuit (-18 ans)
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