Le grand bain

Depuis sa reconversion en 2001, La Piscine connaît un succès croissant. Ses collections n’ont cessé de s’enrichir, comme son affluence, estimée à près de 250 000 visiteurs par an. C’est donc peu dire que ces travaux d’agrandissement devenaient nécessaires. Fermé depuis avril dernier, le célèbre musée roubaisien révèle dès le 20 octobre ses nouveaux trésors. Visite guidée…

En se refaisant une beauté, la Piscine a pris du poids. Le bâtiment Art déco s’agrandit de 2 300 m2, portant à 8 000 la surface accessible. Derrière ces chiffres, l’ambition est claire : s’imposer comme une référence incontournable en matière de sculpture moderne, LA spécialité de l’institution roubaisienne (on se souvient notamment de cette exposition consacrée à Camille Claudel). « Oui, c’est un marqueur fort de notre image, matérialisé par la scénographie autour du bassin, rappelle Bruno Gaudichon, le conservateur. Il n’y a pas dans les Hauts-de-France d’équivalent, surtout de façon aussi monumentale. Nous tenions donc à renforcer cette singularité, car des pièces sont entrées dans nos collections, et puis on a fidélisé un public ».

Vue de la nouvelle aile © DRAile du désir

De fait, on découvre ici une nouvelle aile (à gauche) entièrement consacrée à cette discipline.  Imaginés par l’architecte Jean-Paul Philippon (déjà à l’oeuvre lors de la réhabilitation de 1998), ces hauts espaces s’ornent de teintes gris clair, et sont éclairés par une lumière zénithale, grâce à un toit-verrière. Des conditions idéales pour contempler ce joli panorama de la sculpture des XIXe et XXe siècles. Le parcours est en effet jalonné d’œuvres remarquables. « Nous avons bénéficié de dépôts très importants », s’enthousiasme Bruno Gaudichon. Comme cette Grande Bacchante en bronze de Joseph Bernard (Fondation Coubertin), cette statue majeure de Maillol, Ile de France (musée d’Orsay) ou cet émouvant portrait d’Ida Chagall (la fille de) par Chana Orloff. « Il fut réalisé au début des années 1920, c’est un plâtre original très peu connu, car volé dans son atelier durant l’occupation ».

Dans l’atelier

Mais le ” clou du spectacle “, sans doute, demeure cette salle dévolue à Henri Bouchard. « Il fut essentiellement sculpteur de monuments publics. Par l’ampleur des commandes qu’il a reçues, c’est un artiste considérable. Pas un premier de cordée en terme de notoriété, certes, mais sa carrière a marqué presque tout le XXe siècle. Au moment où éclosent le modernisme et l’abstraction, il demeure le représentant du style figuratif, un peu académique ».

Vue de l'atelier Henri Bouchard © Julien Damien

Ce qui l’est moins, « académique », c’est la scénographie consacrée à son travail. Celle-ci reproduit en effet, quasiment à l’identique… l’entièreté de son atelier : les poutres métalliques, les dimensions, l’orientation de la pièce (même le poêle en arrière-plan) et, surtout, l’agencement originel de ses statues. En résulte une impression de foisonnement, d’authenticité inédite. Car ce n’est pas tant Bouchard qui intéressait Bruno Gaudichon, mais cette occasion unique de montrer « l’atelier vrai du sculpteur », un témoignage précieux, unique, de la pratique de cet art. On citera, aussi, ce nouvel espace d’expositions temporaires (qui accueillera L’Homme au mouton de Picasso), cet autre consacré à la céramique ou aux pièces du fameux groupe de Roubaix (Arthur Van Hecke, Paul Hémery…), longtemps invisibles mais si chères aux locaux.

© Julien DamienLa ville dans le musée

Pour autant, la plus imposante des nouvelles pièces de La Piscine n’est pas une sculpture, mais ce vaste Panorama de la Grand’ Place de Roubaix. Créée en 1911 par les Ateliers Jambon-Bailly pour l’exposition internationale de la cité du Nord, aujourd’hui restaurée, cette toile de 6 mètres sur 13 n’a quasiment jamais été montrée. Pour cause, « elle a dormi dans le grenier d’un pavillon de l’Hôtel de ville et fut retrouvée au milieu des années 1990. Elle servait à colmater les fuites de la toiture… ». Elle nous saisit dès l’entrée, au sein d’une salle dédiée à l’ancienne capitale du textile, l’autre grande star de cette réouverture…

 


 

Trois expositions à ne pas louper

Alberto Giacometti Portrait d’un héros : Hommage à Rol-Tanguy

Quels liens entre l’art, l’histoire et la politique ? Ces questions traversent la nouvelle galerie de La Piscine dédiée à la sculpture moderne. Pour cette inauguration, elles sont illustrées grâce au travail d’Alberto Giacometti, en particulier ses portraits, commandés par Aragon, du Colonel Rol-Tanguy, militant communiste et héros de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale.

Alberto Giacometti, Tête d’homme sur double socle (étude pour la tête du colonel Rol-Tanguy), 1946, Paris, Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti (Fondation Giacometti, Paris + ADAGP, Paris) 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pablo PicassoL’Homme au mouton

L’Homme au mouton est sans nul doute l’une des sculptures emblématiques de Picasso. Celle-ci fut initiée en 1942, après que l’Espagnol, bouleversé par l’appropriation de l’idéal classique par les nazis, eut visité l’exposition d’Arno Breker à Paris, ” le sculpteur d’Hitler “. Cette exposition revient avec force documents sur la genèse de cette oeuvre devenue un symbole du pacifisme.

Pablo Picasso, L’Homme au mouton, Mars 1943, Bronze, Paris, musée national Picasso – Paris © Succession Picasso 2018 - Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso- Paris) / Adrien Didierjean

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Hervé Di Rosa. L’oeuvre au monde

Pionner de la Figuration libre, le Sétois est aussi un infatigable globe-trotter. Ses oeuvres mêlent ainsi, indistinctement, toutes formes d’arts, de cultures et de techniques. La Piscine revient sur ce tour du monde (géographique, humain) en 19 étapes entrepris dès 1993, et dévoile ses dernières céramiques créées dans l’une des fabriques historiques d’azulejos (carreaux de faïence) du Portugal.

Hervé Di Rosa, Mandala - Étape 8 : Durban, Afrique du Sud, 2000, Câbles téléphoniques tressés. Collection particulière. © ADAGP, Paris 2018. Photo : Pierre Schwartz

Julien Damien

EN CHIFFRES

9,3 M€ coût des travaux (millions d’euros)

2 300 m2 surface supplémentaire (1 600 d’espaces neufs, et 700 de réhabilités)

3 le nombre de nouveaux ateliersdédiés à la pratique artistique (sculpture, textile, muséographie)

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La Piscine – Roubaix, 23 rue de l’Espérance, réouverture le 20.10, mar > jeu : 11 h > 18 h ven : 11 h > 20 h, sam & dim : 13 h > 18 h hors exposition : 9 / 6 €, en période d’exposition : 11 / 9 € / gratuit (- 18 ans)

A voir / 20.10 > 20.01.2019 : Hervé Di Rosa. L’oeuvre au monde // Pablo Picasso. L’Homme au mouton // Alberto Giacometti. Portrait d’un héros :
Hommage à Rol-Tanguy // Les Tableaux fantômes de Bailleul // Nage libre

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