Une histoire de la violence

Une immersion totale dans l’écriture du romancier new-yorkais don deLillo… et dix heures de théâtre ! telle est la promesse de Julien Gosselin, avec son triptyque Joueurs, Mao II, Les Noms. Un nouveau pari pour cet ancien élève de l’ecole du théâtre du nord dont les créations tournent à travers le monde. défi relevé, sur scène, par les membres de son collectif si vous pouviez lécher mon cœur.

Les étagères de la bibliothèque de Julien Gosselin doivent en receler, des rêves de spectacles. Le metteur en scène nordiste s’est fait une spécialité d’adapter des textes contemporains. Des “romans-mondes ” embrassant une abondance de récits, de genres, de lieux et périodes… Après avoir monté Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq ou 2666 de Roberto Bolaño, il s’attaque cette fois à l’Américain Don DeLillo. Il a choisi trois de ses livres, Joueurs, Mao II et Les Noms, pour concevoir une pièce-fleuve de dix heures. La longueur est l’une des obsessions de Gosselin : sa mise en scène de 2666 réclamait déjà 12 heures. Mais c’est la condition sine qua non pour que le théâtre devienne le lieu d’une expérience physique.

Terreur et tremblements

Ces textes de DeLillo explorent la question du terrorisme, à trois époques et dans trois pays différents. Les Noms nous projette dans les seventies, à la poursuite d’une secte violente. Joueurs scrute l’intimité d’un couple dont l’homme bascule dans la violence. Enfin, Mao II traite du terrorisme moyen-oriental des années 1990. Sur scène, ce triptyque recourt à la musique et plus que jamais à la vidéo pour servir une écriture très cinématographique. « Chez DeLillo, l’art du dialogue est très développé. Il y a dans ses livres quelque chose de Michael Mann, de David Lynch… ». Aussi, la majeure partie du temps, les comédiens quittent le plateau mais continuent de jouer, filmés en direct.

Photos Don DeLillo © Simon GosselinLa pièce ménage de longs plans-séquences, projetés sur un écran au-devant de la scène. Avec cet usage de la caméra, on imagine volontiers un glissement vers le septième art… Une option que repousse d’emblée notre interlocuteur. « La tension du présent, voilà ce qui m’intéresse le plus. Et la place centrale de la langue ». De fait, le texte demeure sa principale préoccupation. Pour donner corps à cette écriture, il peut compter sur une troupe de camarades fidèles, notamment ceux qu’il a rencontrés à l’EPSAD* de Lille.

Virage calaisien

Depuis le succès des Particules élémentaires à Avignon, en 2013, chacune des créations de cette équipe suscite des attentes. Présentée dans la cité des Papes cet été, Joueurs,Mao II, Les Noms n’a pas échappé aux projecteurs, dont ne raffole pas le trentenaire… « Avec le temps, je n’ai pas gagné en sérénité. Mais je me sens moins redevable. Mes choix artistiques sont plus personnels ». Entre deux tournées, le natif de Oye-Plage se concentre sur l’installation de son collectif à Calais, au sein d’anciens bâtiments portuaires. Comme toujours, le projet est audacieux. Il comprend plusieurs studios pour accueillir sa bande et d’autres compagnies, un restaurant… Une « fabrique » où traîneront certainement quelques bouquins.

* École professionnelle supérieure d’art dramatique

Les Particules élémentaires from Lécher mon coeur on Vimeo.

Madeleine Bourgois
Informations
Valenciennes, Le Phénix

Site internet : http://www.lephenix.fr

06.10.201814h, 31>10 €
Lille, Théâtre du Nord

Site internet : http://www.theatredunord.fr/

20.10.2018sam et dim: 14h (integrale) mar : 20h (Joueurs) mer : 20h (Mao II), jeu : 19h (Les Noms), version intégrale : 55>27€, 1 soirée : 25>10€

Joueurs, Mao II, Les Noms

Valenciennes, 06.10, Le Phénix 14 h (version intégrale), 31 > 10 € www.scenenationale.lephenix.fr

Lille, 14 > 20.10, Théâtre du Nord sam & dim : 14 h (intégrale), mar : 20 h (Joueurs) mer : 20 h (Mao II), jeu : 19 h (Les Noms) Version intégrale : 55 > 27 €, 1 soirée : 25 > 10 € www.theatredunord.fr

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