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à fleur de peau

En 1981, Issei Sagawa tue une de ses camarades de la Sorbonne, Renée Hartevelt, avant d’entreprendre de la manger. Reconnu irresponsable pénalement, il sera extradé au Japon, et bientôt libéré. En filmant le vieillard qu’il est devenu, Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor s’approchent au plus près des tourments de la chair.

Acteur pour des films pornos plus ou moins inspirés de son crime, mais aussi des pubs pour des restaurants de sushis, Sagawa fut un temps une figure quasi-folklorique de son pays. Aujourd’hui malade, il vit reclus avec son frère, loin de ceux qui exploitèrent son image. C’est ainsi un corps au bord de l’évanouissement que saisissent Paravel et Castaing-Taylor, cinéastes et anthropologues, notamment auteurs du remarqué Leviathan (2012), transformant un chalutier rouillé en créature mythologique. Filmés en gros plans, les visages d’Issei et de son frère Jun ne cessent d’affleurer à l’écran, tantôt flous, tantôt d’une netteté hallucinante. Ce procédé pourra sembler d’une agaçante coquetterie, il n’en est rien. Caniba tire sa plus grande force de cette oscillation constante. De ce trouble entre un corps et l’autre, entre la peau et ce qui se trame dessous. Ici, la caméra n’impose aucun “point de vue”. En se faisant la plus légère possible, elle devient une surface de contact ultrasensible, presque tactile. Parfois éprouvant, ce documentaire s’intéresse moins à un crime extraordinaire qu’à un mystère ordinaire, celui auquel se confronte toute société et tout être : l’incarnation

Raphaël Nieuwjaer

Documentaire de Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor. En salle.