Tirages gagnants

Nostalgiques du Mondial russe ? De la Grande Boucle ? Après un été riche en émotions, Lille joue les prolongations, mais cette fois sur le terrain de la photographie. Entre portraits d’athlètes légendaires, grandes épopées ou plongée au coeur des vestiaires, ces images racontent une autre histoire du sport, à la croisée de l’intime et du collectif.

Ex-directeur photo puis rédacteur en chef de L’Equipe magazine, Jean-Denis Walter fut longtemps un adepte de “l’effet waouh”. « On se mettait tous autour de la table pour choisir le bon cliché. Certains d’entre eux sonnaient dès lors comme une évidence, déclenchant juste un “waouh” ». D’étonnement, il sera aussi beaucoup question à Lille. Sportfoto orchestre une vingtaine d’expositions disséminées dans toute la capitale des Flandres, soit près de 600 images signées des plus grands, tel l’Anglais Bob Martin auquel est consacré un bel hommage. « Avec lui, on est dans l’action pure, c’est à la fois spectaculaire et très graphique. Ses cadrages sont parfaits malgré la vitesse où les choses se déroulent… c’est dingue ! », s’enthousiasme le commissaire de cet événement. Pourquoi se passionne-t-il tant pour le sport ? « Parce que c’est un thème génial pour un photographe, toutes les émotions y sont exacerbées ». Comme dans la série Après l’effort du Français Laurent Gudin, magnifiant des athlètes sur le vif, à l’issue d’une course ou d’un combat. « Il dévoile les vestiaires, les détails d’un poing, d’un visage tuméfié… ».

Souleymane M'Baye, Salle Auguste Delaune, Levallois, avril 2004 © Laurent Gudin

Terrains grisants

La majorité des oeuvres présentées ici concernent des disciplines prisées dans la région : le foot (au Tripostal), le vélo (à la Gare Saint Sauveur) et la boxe (au Musée de l’Hospice Comtesse). Il s’agit d’exploits, bien sûr, tels ceux de Mohamed Ali lors des JO de Rome en 1960 et immortalisés par le fameux Sport Illustrated, ou encore du pugiliste liévinois Georges Carpentier, premier champion du monde français. Sportfoto nous fait également (re)vivre de grandes épopées : les Bleus de 1998, le doublé coupe-championnat du Losc en 2011 (avec un certain Eden Hazard), sans oublier le Tour de France 1969 d’Eddy Merckx, capturé par le Flamand Jef Geys.

Beijing Cycling, Rebecca Romero, Jeux Olympiques de Beijing © Bob MartinLe vestiaire de l’histoire

« La nostalgie est inhérente au sport. Elle rassemble donc toutes les générations, insiste Jean-Denis Walter. Pour autant, je n’observe pas uniquement ce sujet par le biais de l’émotion. J’aime aussi le grand reportage, aller dans les coulisses, vers des formes plus artistiques… J’adore quand le sport nous raconte des histoires ». Citons ainsi la série Eisern Union de l’Allemand Harald Hauswald, qui sympathisa dans les années 1980 avec des ultras de L’Union Berlin. Cette mythique équipe de foot de l’ex- RDA fut l’ennemi intime du Dynamo Berlin, alors sous la coupe de la Stasi. Ses clichés en noir et blanc restituent « l’aventure d’un club à travers ses supporters, et surtout l’Allemagne avant la chute du mur ». Un récit empreint de rêves et de solidarité, en dehors du terrain, mais loin d’être hors-jeu.

Sergueï Bubka, 1996 © Gérard Rancinan

 

Julien Damien
Informations
Lille, Divers lieux, Lille
06.09.2018>04.11.2018Tripostal et Gare Saint Sauveur : mer > dim : 12 h > 19 h Musée de l'Hospice Comtesse et Palais des beauxarts : lun : 14 h > 18 h, mer > dim : 10 h > 18 h Vieille Bourse : mar > dim : 13 h > 19 h, Gratuit
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