Côté court

L'Empire de la Perfection © UFO Distribution

En exhumant les archives de l’INSEP*, Julien Faraut nous rappelle qu’il ne fut pas toujours nécessaire d’avoir un bras de la taille d’une cuisse pour gagner Roland-Garros. En sus, il révèle le travail d’un grand cinéaste des courts : Gil de Kermadec (1922 – 2011).

Premier directeur technique de la Fédération Française de Tennis, de Kermadec initia dans les années 1960 une série de films didactiques. D’abord répertoire de gestes canoniques (le “bon” service, le “bon” revers, …), celle-ci glissera vers le portrait. L’imitation et la discipline sont alors moins recherchées que le décryptage des singularités de chaque joueur. En 1985, le dernier opus de la collection est ainsi consacré au tempétueux John McEnroe. Essentiellement constitué des rushs de ce long-métrage, L’Empire de la perfection devient le terrain d’une passionnante confrontation entre mise en jeu et mise en scène. Comment la caméra peut-elle extraire du corps du champion un savoir reproductible ? Malgré le jeu si peu orthodoxe de l’Américain, de Kermadec puis Faraut n’ont pas renoncé à en offrir l’analyse. Ralenti, schématisation informatique, psychologie… tous les moyens sont bons pour saisir les techniques de celui qui est alors numéro un mondial. Mais McEnroe ne se laisse pas faire. Quand il ne pinaille pas sur un point, il menace le preneur de son de lui faire manger sa raquette. Acteur, oui, mais tout entier dévoué à son art : le tennis. Le reste l’agace, l’agresse. De fait, comme aucun autre, McEnroe côtoie la perfection. Et le mystère.

*En France : l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance

Raphaël Nieuwjaer

Documentaire de Julien Faraut, avec John McEnroe. Sortie le 11.07

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