Métal hurlant

(c) David De Beyter

Photographe né en 1985 à Roubaix, David De Beyter se passionne depuis quatre ans pour les “Big Bangers”, des fondus de stock-car élevant le crash de voitures au rang d’art de vivre. Il a tiré de ces scènes de destruction des images où le chaos le dispute au mystère.

Apparue en Angleterre à la fin du siècle passé, cette pratique amatrice s’est répandue en Hollande, dans le Nord de la France ou en Belgique. « Les Big Bangers forment une communauté à part dans le milieu du stock-car, explique David De Beyter. Un peu à la façon des cercles propres à la scène hardcore ou metal ». Mais l’artiste ne s’intéresse pas tant aux courses, plutôt « aux gestes périphériques » exécutés en dehors des circuits, dans des champs ou sous-bois. Passé par l’école du Fresnoy à Tourcoing, le trentenaire a découvert ces esthètes de la casse par hasard, au coeur de la campagne mélancolique d’Ypres. « Plus généralement, je m’intéresse au thème de la ruine et j’effectuais des recherches sur les paysages flamands, afin de rejouer des scènes chaotiques des toiles de Joachim Patinir. Et puis je suis tombé sur ces types exposant leurs bagnoles… » Inspiré par le potentiel pictural de cette imagerie convoquant le style steampunk de Max Max ou de Terminator II, il s’est lié d’amitié avec des membres de ces groupes, immortalisant leurs « auto-sculptures » à travers la photographie ou la vidéo.

David De Beyter entretient une démarche à la fois documentaire et conceptuelle, à l’image de cette vieille berline américaine plantée à la verticale dans un no man’s land, à Comines. « C’est du “stunt”, ça vient des états-Unis. La voiture est amarrée à un bout de bois, brûlée puis une autre lui fonce dessus. Ces performances sont réalisées durant les ducasses, l’été, devant une centaine de spectateurs. Je leur ai juste demandé de la repositionner dans un autre endroit, car l’arrière-plan paysager m’intéressait ». On serait ainsi tenté de voir dans ces rituels de démolition un nihilisme propre à l’époque, ou une critique acerbe de la société de consommation, érigeant en totems fumants son corollaire contemporain : la consumation. « Oui, il y a chez eux un “je-m’en-foutisme” un peu punk, mais aucun discours politique ni intention artistique ». Ces Big Bangers restent uniquement guidés par la beauté du geste, comme le résume ce message tagué sur ce capot froissé : “Not for a trophy but a good crash”.

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Julien Damien

A lire / Damaged Inc., de David De Beyter (RVB Books), 64 p., 25 €, rvb-books.com

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