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Au naturel

Sois belle

Annelie Vandendael est née en Belgique et a grandi dans le sud de la France. Cette photographe n’aime rien tant que jouer à cache-cache avec ses modèles. Leur visage disparaît derrière des animaux ou objets hétéroclites, au centre de compositions à l’esthétique surannée. Ces images colorées, sensuelles, s’amusent avec humour des codes de la mode. Entretien avec une artiste singulière.

 Tout d’abord, pourriez-vous nous rappeler votre parcours ? Après avoir obtenu un master à l’Académie royale des beaux-arts de Gand, j’ai été sélectionnée à la Fabrica, à Trévise. C’est un centre de recherche en communication. Il fait partie du groupe Benetton et a été créé en 1994 par Luciano Benetton et Oliviero Toscani. Après quelques semaines là-bas, je me suis rendue compte que j’avais envie de poursuivre mon travail personnel, et débuter ma carrière. Je suis alors rentrée en Belgique et j’ai envoyé mon portfolio aux personnes et magazines qui m’inspirent. Quelques jours plus tard, j’ai reçu un mail de Paul Smith. Il me donnait carte blanche pour shooter sa campagne maillots de bain ! C’est là que tout a commencé…

Comment définiriez-vous votre travail ? Sensible, coloré, “happy” et mystérieux, parfois.

Pourquoi cette série s’intitule-t-elle Sois-belle ? J’ai entamé cette série il y a quelques années. A ce moment-là, dans beaucoup de magazines, les modèles devaient être parfaites, belles, minces, sans un défaut. Pour ma part, j’avais surtout envie de dévoiler leur vraie beauté, avec les imperfections, c’est-à-dire ce qui les rend uniques. C’est pour cette raison que j’ai choisi ce titre, comme pour dire : “sois belle comme tu es, et surtout ne te tais pas !”

(c) Annelie VandendaelVous dites en effet à ce propos que vos images “défient les normes irréalistes de perfection établies par la photographie de mode, provoquant le jeu plutôt que la beauté aérographe”… En effet, je déteste les images trop retouchées, qui révèlent un monde totalement faux. Le pire c’est que beaucoup de gens, en les regardant, pensent être en face de la réalité.

Plus généralement, que voulez-vous exprimer ? Provoquer chez le spectateur ? Simplement qu’il se sente bien, heureux. Tous les jours, on voit tellement de choses horrible dans les médias…

Vos modèles ont souvent le visage dissimulé (par un arbre, un flamant rose, sont même hors du cadre parfois). Pourquoi ? Parce que le corps parle de lui-même, les visages sont inutiles. Les personnalités se révèlent grâce aux poses, paysages ou couleurs.

(c) Annelie VandendaelComment composez-vous vos photographies ? Avez-vous une idée bien précise avant de les prendre ? Dessinez-vous d’abord ? Effectivement, je ne pars jamais pour une séance de photos sans mes croquis. Par contre, je suis la seule à les comprendre. Le résultat ne ressemble jamais à ce qu’il y a sur le papier mais c’est justement ça qui est intéressant !

Où ont été pris les clichés de cette série ? Un peu partout dans le monde. En Afrique du Sud, Suède, Australie, Belgique, à L.A…. Mes modèles sont des copines avec qui je voyage. J’aime travailler avec mes proches, elles comprennent exactement ce que je veux.

Comment avez-vous obtenu ces couleurs, cette lumière ? C’est un secret ! Je travaille avec un appareil argentique, un Hasselblad, j’en suis tombée amoureuse et je n’arrive plus à le quitter. J’adore sa sensibilité.

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été photographe ? Du bénévolat dans des parcs pour animaux maltraités ou en voie de disparition. Sinon, aucune idée ! Peut-être le tour du monde…

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© Zak Eazy