Double jeu

Segments, 2018, acrylique sur toile © Courtesy of Alice Gallery

Anciens étudiants de l’école supérieure des arts de Mons, Antoine Detaille et Jérôme Meynen forment depuis dix ans le duo Hell’O. Débuté sur les murs, leur travail a pris de l’ampleur, gagnant le papier, la toile… Méticuleuse et foisonnante, drôle et macabre, leur œuvre est peuplée de créatures fantastiques et bardée de références tous azimuts ! Le BAM leur consacre une première grande exposition, avant de les laisser conquérir le monde.

Pour commencer, revenons un peu en arrière. C’est en 2009 qu’on trouve les racines de cet accrochage. Plus précisément à l’occasion d’une rétrospective consacrée à Keith Haring, à Mons. « Il nous importait d’impliquer des jeunes artistes de la région, notre choix s’était alors porté sur Hell’O, se souvient Xavier Roland, le directeur du Musée des beaux-arts. On leur a demandé de créer une grande fresque sur les murs extérieurs des anciens abattoirs. Ce fut l’une de leurs premières commandes publiques ». Aujourd’hui, cette toile de dix mètres sur trois tient une place de choix parmi plus de 150 pièces dévoilées au BAM, où c’est au tour de ces Belges d’être au centre de l’attention.

Joyeux enfer

Si leur style n’a cessé d’évoluer, cette acrylique sur panneaux contient déjà des constantes : l’extrême minutie, la dérision mais aussi la dualité. L’œuvre figure un dédale en relief, dont les plateformes sont reliées par des escaliers. Évoquant le bestiaire halluciné de Jérôme Bosch, la composition met en scène Détail structure, encre de chine sur papier, 140X140cm, 2009des personnages grotesques, enfantins et monstrueux. À l’image de cet homme se servant de sa tête coupée comme d’un hameçon pour pêcher dans un bassin de feu. Le travail d’Hell’O est traversé par l’humour et la violence. Il traite de la gravité avec légèreté, et vice versa. Cet équilibre instable entre le bien et le mal, la vie et la mort justifie le nom même du duo. « Il vous accueille par un “bonjour”, mais cette apostrophe entre le L et le O renverse la lecture, l’associant à l’enfer, explique Jérôme Meynen. Depuis le début, on cultive une certaine ambiguïté ».

Belgitude

Divisé en cinq salles, ce parcours dresse « un état des lieux » de leur carrière. De plus en plus colorées au fil du temps, protéiformes et exécutées « à l’acrylique et l’aérographe », leurs créations sont bardées de références. À la culture pop (telle cette omniprésence du “smiley”) ou aux maîtres de l’histoire de l’art. On pense à Miró devant leurs sculptures (ou “totems”), mais aussi à Folon pour les tonalités pastel et la poésie, aux masques de mort et grimaces de l’Ostendais James Ensor, au carnaval, au surréalisme… «Oui, tout cela est très belge» sourit Xavier Roland. Se perdant dans 1 000 détails fourmillant dans ces saynètes, on remarque aussi l’effacement progressif de la figure humaine au profit de motifs abstraits. En témoigne cette fresque monumentale peinte in situ sur quatre murs, spécialement pour cette exposition. « Nous ne ressentons plus l’envie de réaliser des corps entiers pour traduire une idée, assure Antoine Detaille. Ils sont aujourd’hui limités à la tête, voire à un œil ». Le miroir de l’âme, dit-on. Là où passent les émotions…

Structure, 2009, acrylique sur panneau, 1070 x 310 cm © Collection Ville de Mons / Photo Julien Damien

À LIRE ÉGALEMENT : L’INTERVIEW DES ARTISTES

Julien Damien
Informations
Mons, BAM

Site internet : http://www.bam.mons.be

Mardi au dimanche, 10h > 18h

28.04.2018>29.07.2018mar > dim : 10h > 18h, 9 / 6 € / Gratuit (- 6 ans)

À LIRE : Untitled Odyssey, Ed. Cfc Eds, français-anglais, 2018, 208 p., 39 €

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