Coupé décalé

Dreamer---I-found-my-silence.

On imaginait volontiers Eiko Ojala à sa table d’artisan, une pile de papier coloré à sa gauche, une paire de ciseaux à droite, remettant 100 fois sur le métier son ouvrage. Raté. Cet illustrateur installé à Tallinn conçoit tous ses découpages numériquement, travaillant « les ombres et les éclairages un à un », tel un orfèvre. Stupéfiant, non ? Né quasiment un crayon dans les mains, élevé dans une maison où régnait « une atmosphère créative et artistique », l’Estonien de 35 ans a embrassé le graphisme dès l’adolescence.
Si les études l’ont conduit vers le design d’intérieur, ses illustrations en 3D ou projets parallèles ont rapidement séduit d’illustres organes de presse (Monocle, The New Yorker…). Difficile de ne pas succomber à la délicatesse de ses compositions où l’homme et la nature fusionnent (série Myths), et à l’inventivité de ses métaphores – des petites mains s’activant pour nettoyer notre esprit pendant notre sommeil, il fallait y penser ! L’artiste revendique une certaine épure, figurant « les sentiments et émotions que les mots ne peuvent exprimer ». Mais ne lui parlez pas d’inspiration, qu’il juge « inappropriée » : « Mes idées mûrissent en même temps que moi. Je vois cela comme un muscle qu’il faut entraîner ». Sans consigne, sans sujet imposé, c’est avec une liberté totale qu’Eiko Ojala s’épanouit. Comme pour cette collaboration avec Tanz, un magazine allemand sur la danse contemporaine où ses personnages semblent perdre la tête. Des dessins « plutôt absurdes » nous laissant le souffle… coupé !

À LIRE ÉGALEMENT : L’INTERVIEW D’EIKO OJALA

Marine Durand
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(c) Paul Garland