Made in calais

Détruite fin 2016 sur ordre de François Hollande et de son ministre Bernard Cazeneuve, la “Jungle” de Calais reste le symbole de l’incurie européenne et de l’inhospitalité française. Pourtant, loin de n’être qu’une zone de relégation, elle fut aussi un lieu de vie et d’invention.

Tourné entre janvier 2016 et février 2017, L’Héroïque lande s’offre d’abord comme le recueil attentif de paroles, d’images et de gestes permettant de retracer la violence de l’exil. En cela, le film de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval rejoint une série déjà longue de documentaires consacrés aux migrations – que l’on pense à l’oeuvre de Sylvain George ou à La Mécanique des flux, de Nathalie Loubeyre (2016). Les faits ont beau être connus, les témoignages n’en sont pas moins accablants. Tortures et meurtres en Libye, disparitions en Méditerranée, harcèlement policier en France… nombre de réfugiés affrontent tous les périls. Mais la force du film est aussi de saisir des lueurs d’avenir.

L’héroïque Lande – Bande annonce from Shellac on Vimeo.

Hors du réel

Monde de boue et d’aluminium, de plastique et de feu, la “Jungle” n’a jamais eu autant l’air d’un territoire fantastique qu’à travers le regard de Klotz et Perceval. Contre le dispositif sécuritaire qui l’enserre, il a su ménager un espace de “vie furtive”. Pour les cinéastes, la lande réveille ainsi le souvenir de ces forêts où des esclaves enfuis se camouflaient. À la marge des flux économiques et de la logique étatique, une communauté s’invente, non sans peine, mais pas sans puissance non plus. De mille manières, une terre inhabitable est rendue habitable, à la fois comme refuge et comme point de départ. C’est de cela dont L’Héroïque lande porte la trace incandescente.

Raphaël Nieuwjaer

Documentaire de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval. Sortie le 11.04