Double jeu

James Franco serait-il le plus célèbre des cinéastes méconnus ? Documentaires, portraits d’acteurs, adaptations littéraires, courtsmétrages, biopics… son oeuvre en tant que réalisateur est aussi abondante que secrète. Avec The Disaster Artist, la donne devrait changer.

« De bien des façons, Tommy c’est moi ! » s’exclame James Franco dans sa préface au livre The Disaster Artist, récit désopilant du tournage de The Room de Tommy Wiseau, considéré comme l’un des plus fameux nanars des années 2000. En décidant d’incarner cet étrange personnage, la star hollywoodienne fait de cette formule une réalité. Quoi de commun entre eux ? Un goût du jeu, sans doute. Ce film compte d’ailleurs parmi ses meilleurs moments les improvisations scéniques du tempétueux Tommy. Mais il y a plus : devenir acteur semble pour les deux hommes une façon d’échapper au piège de l’identité…

Effet miroir

Accent à couper au couteau, visage blafard, longs cheveux noir corbeau… Wiseau est cet éternel étranger à qui le monde du cinéma ne cesse de se refuser. Non conforme, pas assez “américain”, en somme. Cultivant ces traits distinctifs, Franco se mue en Tommy, audelà de la simple imitation. En juxtaposant des scènes identiques de The Room et de The Disaster Artist, ce long-métrage produit un effet miroir vertigineux, où l’original se perd dans son reflet. Avec cette incarnation – hors norme – de Tommy Wiseau, Franco démontre qu’un acteur n’existe qu’en devenant l’autre. Il réussit en tout cas une comédie très drôle – et un grand film théorique sur l’essence même du travail de comédien.

Raphaël Nieuwjaer

De James Franco, avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen… Sortie le 07.03

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