Entre deux mondes

Depuis 20 ans, Cendres la Rouge met en scène des personnages conçus avec des squelettes de souris, de tortues, de grenouilles ou de petits cochons ! Membre du collectif lillois Métalu à Chahuter, cette compagnie crée des spectacles poétiques et oniriques, drôles ou touchants, que ne renierait pas Tim Burton.

L’histoire de Cendres la Rouge a commencé avec… un lapin aux pruneaux. Un bon repas mitonné par Alain Terlutte, prof d’informatique de son état et doué d’un sens certain de la récupération. « Il s’est emparé des restes et les a animés avec un petit moteur, se souvient Sandrine Châtelain. Ça l’a vite passionné, il s’est mis à réaliser d’autres créatures de plus en plus sophistiquées. C’est pour les montrer que j’ai créé la compagnie, en 1998 ». Depuis, cet étrange bestiaire s’admire à travers des expositions (L’Ossuaire dégingandé) et des spectacles où les comédiens côtoient ces marionnettes et automates conçus avec des squelettes d’animaux. Dans les histoires de Cendres la Rouge, on assiste par exemple à l’éclosion d’un œuf de dragon (Drakos ou l’éclosion), on suit les déboires d’une paléontologue malmenée par ses sujets d’études (Vestiges) ou on se laisse berner dans un casino forain où le spectateur est lui-même au centre du jeu (Rien ne va plus !).

Orchestre en os

Pour ceux qui se demandent s’il est question d’os véritables, la réponse est oui. « Ils proviennent d’animaux morts naturellement. On en trouve parfois dans la nature, sur le bord des routes… Mais notre source principale est issue d’un éleveur breton qui nous livre des porcelets mort-nés ». Pourquoi utiliser cette matière ? « Parce qu’elle ne laisse pas indifférent, elle est poétique et mystérieuse. Elle symbolise la mort mais ainsi l’intériorité, cachée sous notre peau et nos chairs. C’est cette intimité que nous cherchons à mettre en valeur ». A l’image de leur dernière création, Antinéa. Dans ce spectacle-concert, une chanteuse joue choeur (c) Eric Lebrunau centre d’un orchestre constitué d’une quinzaine de squelettes-automates, usant d’instruments revisités, voire inventés : batteries, pianos, guitares acoustiques ou à trois manches ! Qu’en est-il de l’histoire ? « Elle s’appuie sur des écrits bruts. Leurs auteurs n’ont pas forcément de culture littéraire. Ils sont souvent internés en hôpital psychiatrique. Une démarche comparable à celle de l’art brut ». Comme toujours chez Cendres la Rouge, le récit reste ouvert aux interprétations. Antinéa semble coincée dans un « entre-deux- mondes ». Est-elle morte ? En a-t-elle conscience ? Peut-elle rejoindre les vivants ? Pour cela, elle se laissera guider par ses hôtes et leurs mélodies envoûtantes – en évitant de tomber sur un os, évidemment.

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Julien Damien
Informations
Faches Thumesnil, Les Arcades

Site internet : http://www.ville-fachesthumesnil.fr

17.03.201820h, 8 € / gratuit (-13 ans)
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