Moments suspendus

En couple à la ville comme derrière l’objectif, Cassandra Warner et Jeremy Floto se sont rencontrés à la Rochester Institute of Technology, avant de fonder leur propre studio à New York. Depuis, ils collaborent avec des titres prestigieux, tel le New York Times, et donnent aussi corps à des projets plus personnels. A l’image de la série The Flume, dans laquelle ils envahissent des lieux abandonnés avec des panaches de fumée colorée, ou encore de Colourant,  montrant des gerbes de peintures suspendues dans les cieux. Quels sont leurs secrets de fabrication ? Que veulent-ils exprimer à travers ces images empreintes de magie ? Réponses…

Comment est née la série Colourant ? Elle s’inspire de celle réalisée avec les fumigènes, en 2009, et intitulée The Fume. Plus largement, nous nourrissons depuis longtemps une fascination pour les panoramas étendus de l’Ouest (ndlr : des Etats-Unis). La majeure partie notre travail photographique personnel est ainsi centrée sur l’investigation du paysage.

Que voulez-vous signifier ici ? Nos œuvres tiennent à la fois de la performance et de la sculpture, tout en étant capturées par la photographie. Nous les appelons des “événements sculpturaux flottants”. C’est un instant très bref obscurcissant le paysage, un graffiti momentané de l’air et de l’espace. Nous créons des formes imperceptibles par l’œil humain, puis les shootons à une vitesse de 1/3200 de seconde. Le non-discernable et l’éphémère deviennent ainsi éternels.

Colourant (c) Cassandra Warner & Jeremy FlotoQuelle est votre technique ? Ces images ne sont pas retouchées par Photoshop, nous utilisons un obturateur à haute vitesse afin de “geler” l’action. Il y a ici un peu de magie. Précisons que nous sommes respectueux de l’environnement : le liquide coloré est non-toxique, non tachant et composé à 95 % d’eau.

Quels sont les problèmes à surmonter ? Le plus difficile concerne le “lancer” de liquide : vous devez rester hors du cadre tout en engendrant des formes différentes. L’aspect chorégraphique du projet était ainsi inattendu ! Le vent peut aussi avoir une influence importante. Mais Jeremy est de loin le meilleur quand il s’agit de créer ces belles formes.

Y a-t-il un message particulier derrière ce travail ? Nous ne titrons pas nos photos car nous ne voulons pas que les gens perçoivent une intention en les regardant. Elles restent donc ouvertes aux l’interprétation – à une sorte de collaboration avec le spectateur. Toutefois, nous aimerions partager un moment d’exaltation ou d’émerveillement – une évasion momentanée. La juxtaposition d’un liquide paraissant toxique dans le paysage suscite une réaction immédiate. Notre quotidien est en effet obscurci par le désastre imminent de la politique américaine et l’état de notre environnement. Nous abordons donc ces thèmes de façon subconsciente, tout en créant une image qui les transcende à travers un moment de joie.

Colourant (c) Cassandra Warner & Jeremy FlotoQuels sont vos projets ? Récemment, nous avons exploré les bois de notre nouvelle maison, dans les montagnes Catskill de l’État de New York. Cet espace dense – et quelque peu claustrophobe – se situe à l’opposé de l’Ouest ouvert. Sous l’impulsion du New York Times – T Magazine, nous avons débuté une nouvelle série Smoke dans ce cadre.

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