Les métamorphoses

Lauréat en 1984 du prestigieux prix Niépce (comme Robert Doisneau), Thierry Girard a photographié le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais entre 1977 et 1985, puis lors d’une seconde campagne, en 2017. Ce dialogue entre les époques offre une belle réflexion sur les métamorphoses de ce paysage inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Un même territoire, mais capturé à 40 ans d’écart. Le contraste, évidemment, est saisissant, rehaussé par le choix scénographique de cet accrochage d’une cinquantaine de photos. D’un côté sont en effet disposées les images en noir et blanc de la série Mémoire du siècle futur, correspondant à la première campagne menée ici par Thierry Girard, entre 1977 et 1985. On y voit des paysages miniers lunaires, des gens s’échinant au travail,  des scènes d’intérieur drôles ou touchantes. La seconde partie de l’exposition se concentre sur de grands tirages en couleur, issus d’un deuxième passage en 2017. Ils montrent des terrils devenus terrains de jeu ou reconquis par la nature, des supporters du RC Lens, des étangs d’affaissement minier où l’on pêche ou se baigne, des sièges colombophiles ou tableaux plus surréalistes, telle cette friterie rutilante (Mustang Burger) posée au pied d’une “montagne” noire à Méricourt…

Montigny-en-Ostrevent (59), buvette du siège colombophile, 22 avril 2017 Collection de l’artiste

Montigny-en-Ostrevent (59), buvette du siège colombophile, 22 avril 2017
Collection de l’artiste

Humanité

Si le hasard a voulu qu’il capture deux fois l’un des ponts d’entrée de ville, à Douai, Thierry Girard n’a pas exploré les mêmes lieux, évitant de dresser un “avant-après” un peu vain. « Il ne s’inscrit pas du tout dans une démarche documentaire ou journalistique », prévient Virginie Malolepszy, commissaire de Carnets du Nord. D’ailleurs, le Français ne prit pas tout de suite conscience du déclin industriel frappant la région. Se présentant lui-même comme « un artiste-arpenteur », Thierry Girard traverse librement le territoire, au gré de ses rencontres ou balades, pour « en mesurer la singularité, la diversité mais aussi l’unité ».

Cette méthode lui a permis de saisir des scènes à l’improviste, réalistes ou emplies de poésie et d’humanité. A l’image de ce couple s’embrassant goulument au centre d’un paysage d’usines et de briques à Denain, en 1981, devant un troisième larron dépité, clope à la main. On admire aussi des compositions remarquables, jouant sur les lignes et les profondeurs. Elles évoquent par endroit des toiles de maîtres flamands, soulignant les charmes tout naturels du bassin minier. « Ce travail représente notre diversité. Il dépeint un territoire très jeune, multiple, en cours de rénovation ou très bucolique. Une région où les traditions anciennes côtoient de nouveaux loisirs ». Cette exposition pourrait inspirer plus d’un cinéaste en mal de décor baroque ou surréaliste. D’ailleurs, le public est invité à livrer (via Instagram) sa propre vision d’une terre qui a plutôt… bonne mine.

Julien Damien
Informations
Lewarde, Centre Historique Minier

Site internet : http://www.chm-lewarde.com/fr/index.html

Du 15 novembre au 28 février :
Lundi au samedi :
13h à 17h
Dimanche, jours fériés, et vacances scolaires :
10h à 17h
Fermeture du musée à 19h

Du 1er mars au 14 novembre :
Tous les jours :
9h à 17h30
Fermeture du musée à 19h30

01.02.2018>26.08.2018lun > sam : 13 h > 19 h, dim : 10 h > 19 h, 6, 70 € (+ accès à l’ensemble des expositions thématiques), 14,30 > 8,50 € (visite de l'ensemble du site)

Les visiteurs sont invités à poster leurs propres photographies sur Instagram : #centrehistoriqueminier et #carnetsdunord

Articles similaires