L'effaceur

C’est vrai qu’il était mignon ce petit dauphin. Enfin, dans les années 1990… Et, oui, vous formiez un beau couple avec cette Sabrina ou ce Jérémy, même si ça n’était pas pour la vie… Hélas, vous l’avez (littéralement) dans la peau aujourd’hui. Bref, vous avez commis une grosse bêtise. A Tournai, le docteur Stéphane Rault s’est fait une spécialité d’effacer ces petits moments d’égarement. Rencontre avec un “détatoueur”, un vrai.

Il y a 10 ans, quand Rina s’est fait tatouer ce motif tribal derrière l’épaule, elle le trouvait « plutôt joli ». « A l’époque, c’était à la mode… », sourit la jolie brune. Mais le temps passe et ce petit coup de coeur s’est mué en grosse boulette. Pas grave. Quelques coups de Picosure là-dessus, et tout sera réglé. Le Picosure ? « C’est la Ferrari des lasers, assure le docteur Stéphane Rault. Elle tire des éclairs en un demi-milliardième de seconde. Les pigments éclatent suite au choc photovoltaïque… Elle est capable de rayer toutes les couleurs de l’arc en ciel ». Cette machine de 200 000 euros, acquise il y a trois ans, a assuré la renommée de sa clinique privée, à quelques pas de la grand-place de Tournai. Dans les faits, le praticien passe lentement un gros stylo en suivant les traits du dessin, qui disparaît à vue d’oeil. Ça fume un peu, provoque de petites bulles sur la peau « mais ne laissera aucune cicatrice » promet notre “effaceur”. Rina pourra bientôt enfiler son maillot de bain sans gêne.

L’amour toujours…

Le carnet de rendez-vous du Hainaut Center for Esthetics and Dermatology ne désemplit pas. Les patients accourent de Wallonie, du nord de l’Hexagone et même de Paris, malgré les tarifs des séances (160 euros en moyenne). Logique : « il y a de plus en plus de tatoués ». Selon une étude réalisée par l’Ifop en 2016, 14 % de la population française le serait (contre 10 % en 2010). « A Harvard, 30 % des étudiants ont succombé », ajoute le spécialiste. « Les modes américaines s’exportant rapidement en Europe, on s’attend à un raz-de-marée ces cinq prochaines années, et on comptera près de 20 % de gens à détatouer ». Qui consulte ? « Toutes les classes sociales, sexes et âges. Les demandes sont très variables : ça peut concerner tout le tatouage ou seulement un détail, sur toutes les parties du corps, même le visage. Il s’agit souvent de “ratés” artistiques. On déplore aussi pas mal de fautes d’orthographe, surtout pour les mots en anglais… Mais le grand classique, ce sont les prénoms des ex ». A l’image de Livio, qui ne peut plus voir son ancienne compagne en peinture… et encore moins son blaze gravé le long de son bras gauche. Le jeune homme l’avoue, « c’est un peu douloureux, ça chauffe, un peu comme un coup de soleil ». Pourtant, ça pourrait être bien pire. Le docteur Rault se souvient ainsi d’une « preuve d’amour extraordinaire » encrée sur la partie très intime d’un patient – ouille ! Non, rien n’est jamais définitif…

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Julien Damien