Avec le temps

Les expositions de Marc Trivier sont suffisamment rares pour ne pas les manquer. Celle présentée à Charleroi interroge l’acte de photographier lui-même. Elle révèle 40 ans d’une création focalisée sur la capture de la lumière et du temps qui passe.

Eh non, Marc Trivier n’est pas venu à la visite de presse de la superbe exposition que lui consacre le musée carolo. « Il rechigne à parler de ses oeuvres, estimant qu’elles se suffisent à elles-mêmes », justifie Xavier Canonne, le directeur. De fait, sa présence médiatique est inversement proportionnelle à l’aura de cet illustre photographe belge. Que sait-on de Marc Trivier ? Peu de choses. Il est né en 1960, habite à Haut-le-Wastia, village au sud de Namur, et travaille sur des chantiers de rénovation pour gagner sa vie. Pourquoi a-t-il parcouru le monde au début des années 1980 pour portraiturer les artistes de son Panthéon (Bacon, Burroughs, Dubuffet, Borges…) de la même manière qu’il a saisi des aliénés, des arbres ou des bêtes dans des abattoirs ? Finalement, peu importe. Concentrons-nous sur ses noirs et blancs argentiques.

Spleen et urgence

Marc Trivier évoque volontiers l’immanence de la photographie. Ses images dépouillées de tout artifice servent d’abord une quête formelle. La manière dont la lumière accroche ses motifs prime sur la profondeur psychologique, l’épaisseur de la chair ou de la matière. Il se dégage de ce travail une mélancolie, correspondant à ce moment furtif où le sujet s’abandonne devant l’artiste. L’inclinaison corporelle de Francis Bacon, qui ne souhaitait pas être photographié, en est un bel exemple. Émergent ainsi de ces portraits ou paysages l’urgence de la prise de vue, et la nostalgie de ce qui est définitivement passé.

François Lecocq
Informations
Charleroi, Musée de la Photographie

Site internet : http://www.museephoto.be

09.12.2017>22.04.2018mar > dim : 10 h > 18 h, 7 > 4 € /gratuit (-12 ans)

À voirD’un lent regard, film de Marc Trivier projeté au musée le 22.02 à 19 h 30, en présence de l’artiste.