L'art du triomphe

Après Roulez carrosses ! (2012) et Le château de Versailles en 100 chefs-d’oeuvre (2014), voici la 3e grande exposition issue du partenariat entre Versailles et Arras. Celle-ci retrace le parcours de Napoléon, de la gloire à l’exil. Mais l’accrochage met avant tout en lumière les talents d’un redoutable communicant…

A priori, on ne lierait pas forcément Versailles à Napoléon – pensant d’abord à Louis XIV ou Marie-Antoinette, par exemple. Pourtant, le château possède bien l’une des plus grandes collections au monde sur le sujet. « Habituellement dispersée, celle-ci est présentée pour la première fois dans sa totalité », se réjouit Marie-Lys Marguerite, directrice du Musée des beaux-arts d’Arras. Peintures, sculptures, mobiliers… Plus de 160 pièces commandées par l’empereur lui-même ou a posteriori (à partir des années 1840, quand le château devint musée de l’Histoire de France) composent ainsi ce parcours. Chronologique, il invite le visiteur « à poser ses pas dans ceux de Napoléon, même s’il ne s’agit pas d’une exposition historique ».

Vue d'exposition (c) Musée des beaux-arts d'ArrasL’ascension

De la campagne d’Italie à l’exil sur l’île d’Elbe, nous voilà plongés dans la vie du petit Corse, ponctuée d’innombrables batailles. L’une des premières œuvres de l’exposition est une petite toile signée par Siméon Fort. Elle immortalise le siège de Toulon, en 1793. « Celui-ci a fait date, car il permit l’émergence de Bonaparte. A ce moment-là, Toulon était assaillie par les Anglais et le commandement français défaillant. Un petit capitaine d’artillerie prit alors la direction des troupes, changea de stratégie en montant sur les points hauts de la ville, et bouta l’assaillant hors de la rade », explique Marie-Lys Marguerite. Un exploit qui tapa dans l’œil au plus haut niveau, marquant le début de son épopée. Citons aussi ces grandes fresques colorées de Louis-François Lejeune, peintre embraqué dans les armées napoléoniennes, qui croqua sans doute comme personne ses prouesses – mais aussi ses débâcles.

Le Général Bonaparte à Arcole Antoine-Jean Gros (1770-1835) 1796 - Huile sur toile H. 130 ; L. 94 cm Dépôt du département des Peintures du musée du Louvre, 1938En marche !

Plus loin, on découvre un tableau célèbre, signé Antoine-Jean Gros, censé représenter le grand homme lors de la bataille du Pont d’Arcole. D’abord rétif à l’exercice de la pose (Joséphine joua l’entremetteuse pour le convaincre), Napoléon apprécia grandement cette toile. Il est ici sublimé en « général combattif et vainqueur, tenant dans sa main gauche le drapeau français pas encore figé et dans sa main droite une épée. Il semble romantique avec ses cheveux longs et défaits. C’est un jeune homme en marche ». Tiens, tiens…  Pourtant, la réalité est moins glorieuse. « Lors de cet épisode, il a évité de justesse une salve autrichienne avant de tomber dans un marais. Il a bien failli se noyer ». Soit. Il en fit son premier portrait officiel. « Celui-ci sera largement diffusé. Je pense que c’est à ce moment-là qu’il comprend la puissance de l’image, saisissant très vite ce qu’elle peut lui apporter ». Eh oui, voilà le vrai propos de l’exposition : « montrer comment Napoléon a su utiliser l’art, la peinture, la sculpture et parfois le mobilier pour construire et affirmer son pouvoir, servir sa gloire. Il a commandé de grands tableaux en ce sens ».

A dos de mulet

Poursuivant la visite, nous voici face à une autre péripétie de la seconde campagne d’Italie : Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard de Jacques Louis David, l’une des “stars” de l’époque, chef de file du mouvement néo-classique. « C’est l’une des premières oeuvres ordonnées par Napoléon lui-même. Pour celle-ci il a fourni des indications très précises afin qu’on le représente sur un destrier blanc, symbole du commandement. Sa monture est fougueuse et cabrée mais il demeure extrêmement calme… En réalité, il était à dos de mulet au moment de franchir les Alpes ! ». Moins glamour, il est vrai. Certes, Napoléon fit basculer l’Etat dans la modernité, brilla pas son sens de la stratégie militaire (ou mit l’Europe à feu et à sang, selon les points de vue) mais il était aussi « un très grand communicant, sans doute le plus inspiré de notre histoire ». Les choses ont-elles seulement changé depuis ? Voici l’une des questions soulevées ici…

Julien Damien
Informations
Arras, Musée des Beaux-Arts d'Arras

Site internet : http://www.arras.fr/culture/musee-des-beaux-arts.html

07.10.2017>04.11.2018lun, mer, jeu & ven : 11 h > 18 h, sam & dim : 10 h > 18 h, 7,50 / 5 € / gratuit (-18 ans)
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