Made in China

Les Acacias

Caméra à la main, Wang Bing continue de s’enfoncer dans la longue nuit du prolétariat chinois. Un atelier de confection, des hommes et des femmes venus de loin, la tyrannie de la production, la lumière des téléphones portables comme source de réconfort… Ainsi se trame Argent amer.

Depuis le monumental À l’ouest des rails en 2003, Wang Bing saisit les manières dont la libéralisation de l’économie chinoise modifie la société. En 2009, il trouvait ainsi dans l’exploitation du charbon un moyen de mettre au jour le réseau de circulation du capital. L’Argent du charbon ne devait hélas connaître qu’une version télévisuelle de 53 minutes. Argent amer est, d’une certaine façon, encore une “coupe” dans cet immense chantier. Pour ce projet, le réalisateur ne révèle qu’une part infime des 2 000 heures de rushes qu’il a tournés dans la région du Zhejiang. Il en tire cependant un film d’une grande puissance. En suivant le parcours d’hommes et de femmes (parfois de simples adolescents) quittant leur province pour travailler dans des ateliers de textile, il saisit d’abord la violence d’un exil massif. L’essentiel du récit se déroule néanmoins dans un seul immeuble de béton combinant, pour un rendement maximal, espaces de production et d’habitation. Ce bâtiment apparaît à la fois comme un lieu d’asservissement et un petit théâtre. Le labeur se mêle au désœuvrement, les contraintes sociales aux élans intimes. L’impression qui domine est celle de vies suspendues, en attente d’un improbable avenir. Pendant ce temps-là, l’argent coule à flots.

Raphaël Nieuwjaer

Documentaire de Wang Bing. En salle.

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