Nid d'espions

Turing Slate Statue by Stephen Kettle

De la pierre de Rosette qui permit le déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens aux arcanes du deep-web, le Mundaneum de Mons nous dévoile les secrets de la cryptographie. Soit l’art de cacher le contenu d’un message en le codant. Une pratique datant de 3 000 ans, apparue en même temps que l’écriture et, avec elle, la nécessité de protéger nos échanges. Chuuuut…

La cryptographie ne vous dit rien ? Pourtant, elle est partout autour de nous. « Votre carte d’identité, de crédit, votre téléphone… tous les objets de la vie courante ou connectés sont sécurisés grâce à elle, explique Jean-Jacques Quisquater, éminent cryptographe belge et commissaire de cette exposition. C’est l’équivalent des serrures, clés et coffres-forts ». Dans un monde de plus en plus numérisé, ses enjeux sont donc grandissants. « On parle beaucoup de transparence, mais on vit en réalité dans un monde où tout devient invisible : quand vous surfez sur le web par exemple, vous activez indirectement tout un tas de liens vers des annonceurs, et vous n’en serez jamais au courant ». Top Secret ! s’ouvre ainsi sur Trojan Offices. Cette oeuvre de l’artiste belge Dries Depoortere se présente sous la forme de sept écrans. Ceux-ci diffusent en direct des images prises par des webcam installées partout dans le monde (dans des cafés, des bureaux…) mais à l’insu des principaux intéressés… « Eh oui, si vous vous protégez mal, vous pouvez être espionnés en un simple clic ! ». Big Brother n’est pas loin…

Dries Depoorter, Trojan Offices, 2015 © Dries Depoorter

Enigma

Divisée en cinq chapitres, l’exposition nous révèle ainsi l’histoire et les différentes utilisations de la cryptographie à travers les âges. Le parcours est jalonné de pièces historiques, d’archives, et d’objets hétéroclites. A l’image de cette fausse brique faisant office de boîte aux lettres, utilisée par les “James Bond belges” (issue du musée de la Sureté de l’Etat) ou de ces premières machines à voter. Le plus impressionnant reste Enigma. Popularisée par le film Imitation Game, cette machine permettait aux Allemands de s’envoyer des messages codés durant la Seconde Guerre mondiale. Elle consiste en un enchevêtrement de câbles à brancher dans des prises. « Le problème, c’est qu’il y a 150 billions façons différentes de le faire tous les jours ! », explique Sir Dermot Turing. Il connaît bien le sujet : c’est le neveu d’Alan Turing, le mathématicien qui a réussi à “casser” ce système, abrégeant le conflit d’au moins deux ans – et posant dans la foulée les bases de l’informatique. « D’ailleurs, notons qu’à la fin de la guerre, les Anglais et les Américains n’ont pas détruit ces appareils comme le prétend le film, ajoute Jean-Jacques Quisquater. Ils les ont employés pour espionner leurs alliés, jusqu’en 1975. Beaucoup d’états européens et africains ont ainsi cru naïvement qu’ils communiquaient en toute sécurité… » Oups !

A LIRE AUSSI : L’INTERVIEW DE SIR DERMOT TURING, LE NEVEU D’ALAN TURING

 

Julien Damien
Informations
Mons, Mundaneum

Site internet : http://www.mundaneum.org

Réouverture en 2015 !

10.10.2017>20.05.2018mer > ven : 13 h > 17 h, sam & dim : 11 h > 18 h, 7 > 2 € (les expositions présentées au rez-de-chaussée sont gratuites)

Palimpsest : jusqu’au 07.01.2018, gratuit

Articles similaires