Bijoux (très) fantaisie

FINGERring © Nadja Buttendorf

Nadja Buttendorf n’est pas une créatrice comme les autres. Une rapide recherche Google suffit pour s’en convaincre. « Les bijoux pour aliens sont importants », clame le site de cette artiste résidant à Berlin. Conçus comme des extensions du corps humain, ses colliers en câble USB et faux ongles chevelus ou aimantés s’affranchissent avec humour des canons du genre. La preuve.

On ne l’aurait pas forcément parié, mais c’est en orfèvrerie que Nadja Buttendorf s’est d’abord formée. « Ensuite, je suis entrée dans une université d’art et de design où nous devions oublier tout ce que nous savions pour trouver notre propre façon de créer. J’ai dû me débarrasser des connaissances académiques », égrène, un brin moqueuse, cette native de Dresde. Les conventions, les normes, le classicisme ? Très peu pour celle qui se définit comme une artiste visuelle pluridisciplinaire et détourne avec ironie les objets de notre quotidien. Envie de partir à l’aventure sans jamais perdre votre réseau ? Passez la “chaine Wifi” de Nadja autour du cou. Besoin de vous distinguer de la foule ? Osez la broche couteau de cuisine, ou l’assiette en carton doré à votre poignet. Souvent bricolées et sans prétention, les « prothèses posthumaines » de la créatrice nécessitent parfois des techniques poussées. Ainsi de ses œuvres les plus emblématiques : FINGERring, une bague index en silicone (qui n’a jamais rêvé d’avoir un sixième doigt ?) et des boucles d’oreilles en forme d’oreille (EARrings) criantes de réalisme, déclinées dans une trentaine de teintes. «», lance-t-elle.
 Nous passons notre temps à prolonger notre corps : avec nos vêtements, nos téléphones… mais les bijouteries ne proposent elles que des choses extrêmement ordinaires. Soyons plus subversifs ! 

EARring (left) © Nadja Buttendorf

EARring (left) © Nadja Buttendorf

La vérité est ailleurs
Si Nadja Buttendorf a fait du corps humain son principal sujet de recherche, souhaitant le libérer des « stéréotypes et des normes répressives », elle n’en oublie pas les aliens, revendiquant la paternité d’un type de « joaillerie spéculative pour extraterrestres ». D’où vient cette fascination pour la vie au-delà de notre planète ? Ridley Scott ou Steven Spielberg n’ont rien à voir là-dedans. « J’utilise les extraterrestres comme un modèle de pensée pour ce qui est inconcevable », éclaire la jeune femme de 33 ans. « Il s’agit de créer des choses dans une perpective radicalement nouvelle ». Jamais à court de concepts innovants, elle entend aussi se pencher sur la fusion entre l’homme et la machine, en cogitant sur un système de calcul inédit. Exit les “pieds” et “pouces” d’antan. « Pour mesurer quelque chose, vous n’auriez plus besoin que de votre smartphone, constituant déjà une partie de nous-mêmes ». Il mérite sans doute, lui aussi, sa propre ligne de bijoux.

Marine Durand
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