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Paysage perdu

Philippe Rey

« La prose autobiographique ne m’a jamais attirée parce que je n’ai jamais eu le sentiment que ma vie était moitié aussi intéressante que ce que mon imagination pouvait faire de celle d’autrui ». Voilà ce qu’on peut lire au beau milieu de Paysage perdu, de l’Américaine Joyce Carol Oates. Son dernier livre qui est pourtant… un récit de souvenirs. À près de 80 ans, la prolifique écrivaine, plus connue en effet pour ses oeuvres de fiction, remonte le fil de sa mémoire. Elle raconte ses parents, issus d’un milieu modeste, sa grand-mère qui lui transmet le goût de la lecture, les petits boulots au lycée, les insomnies… De l’Amérique rurale des années 1940 aux hautes sphères universitaires, Oates dresse un portrait vif et aiguisé des mondes qu’elle a traversés, guidée par l’obsession des livres et de l’écriture. L’ouvrage est poignant lorsqu’elle convoque ses fantômes : une maison disparue, une petite soeur malade, un mari décédé. Avec humilité, elle souligne alors les limites du langage : « les mots sont comme des oiseaux sauvages – ils viennent quand ils veulent, non quand on les appelle ». Un paradoxe de plus pour celle qui a consacré sa vie entière à sa plume.

Madeleine Bourgois

432 p., 24 €.

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