Temps de parole

Alors que le démantèlement des droits sociaux se poursuit allègrement au nom de la “start-up nation”, L’Assemblée nous replonge dans ce moment d’effervescence politique que fut Nuit debout. Des corps qui se rassemblent, des oreilles qui s’ouvrent, des voix qui s’élèvent, et la démocratie semble soudain renaître.

Se succèdent d’abord à la tribune des visages familiers : la sociologue Monique Pinçon-Charlot, l’économiste et philosophe Frédéric Lordon. François Ruffin, réalisateur de Merci patron ! et futur député, protège même les orateurs avec son parapluie. Ce n’est pourtant pas à une réunion publique que nous convie Mariana Otero. Quelque chose de plus urgent, joyeux et difficile est en jeu. Il s’agit de réactiver le modèle athénien de l’agora. Ainsi, L’Assemblée est avant tout un grand film sur la parole – celle qui circule et hésite, se reprend et se donne. En plein état d’urgence, occuper la Place de la République n’était pas rien. Il fallait refuser de céder à la terreur et à son instrumentalisation par l’état. Là où il n’y avait que la circulation muette des piétons, un espace commun s’est inventé. Construire un lieu, donner de la voix : ces deux gestes indissolublement liés constituent la dynamique de ce documentaire tourné entre avril et juin 2016. Ce qui importe ici, c’est moins les discours que les conditions pratiques de leur élaboration. Jour après jour, il faut rebâtir – contre la police – la fragile installation matérielle et symbolique permettant à des voix anonymes d’être entendues. Cela semble peu. C’est pourtant essentiel.

Raphaël Nieuwjaer

Documentaire de Mariana Otero. Sortie le 18.10

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