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Black Lives Matter

De Démineurs (2009) à Zéro Dark Thirty (2012), Kathryn Bigelow a montré un talent certain pour filmer les hommes en uniforme. Elle revient cette fois sur les dérives criminelles de la police. En particulier sur les émeutes raciales qui ont ébranlé Détroit pendant cinq jours en 1967, et fait plus de 40 morts. Glaçant, le long-métrage met l’Amérique face à son passé.

L’épisode est mal connu sous nos latitudes, mais appartient à la douloureuse histoire des Etats-Unis. Le 24 juillet 1967, après une énième descente de police dans un bar clandestin fréquenté par des Noirs, la ville de Détroit s’embrase. Les pierres et cocktails molotov volent, les pilleurs fondent sur les boutiques, les bâtiments s’enflamment devant l’impuissance des forces de l’ordre. Durant les 30 premières minutes de Detroit, les images de guerre civile occupent tout l’écran, orchestrées avec la distance d’un documentaire. Mais Kathryn Bigelow ne tarde pas à retrouver sa casquette de cinéaste oscarisée.

Huis clos

Sans que le spectateur ne s’en rende compte, la focale se resserre et le film bascule. Du plan générique à l’histoire dans l’histoire, de la répression à la barbarie vengeresse d’un groupe de flics blancs, emmenés par le sidérant Will Poulter. Pendant une heure trente d’un huis clos éprouvant, on assiste au drame du Motel Algiers, qui vit trois adolescents afro-américains être abattus par la police, à l’issue d’une nuit de tortures physiques et psychologiques. Outre-Atlantique, Detroit a fait l’objet d’une polémique dès sa sortie : Bigelow, réalisatrice blanche, était-elle légitime pour s’emparer du sujet ? Il ne nous revient pas d’y répondre. Mais dans un contexte de résurgence des violences policières, son dernier opus se révèle plus que nécessaire.

Marine Durand

De Kathryn Bigelow, avec John Boyega, Will Poulter, Anthony Mackie, Jack Reynor… Sortie le 11.10