Contreplongée

Après s’être intéressées au rock ou à l’amour, les Photaumnales nous emmènent aux Caraïbes. Baptisée “Couleurs pays”, la 14e édition de ce festival de photographie braque son objectif sur la Martinique et la Guadeloupe, avec la volonté de nous sortir des sentiers battus et rebattus.

Des Caraïbes, on a tous une image archétypale. Les cocotiers, les plages de sable blanc (ou pire, les catastrophes naturelles…). Focalisées sur la Martinique et la Guadeloupe, les Photaumnales retournent la carte postale. « Il s’agit de changer cette perception stéréotypée et de révéler deux territoires français absolument pas représentés en métropole en terme de création », annonce Fred Boucher, co-commissaire du festival. L’image servant d’affiche à cette 14e édition annonce la couleur. Ce cliché de Jean-Baptiste Barret, issu de la série Mythologiques aux bidons, montre un paysage morne, à mille lieux des dépliants touristiques, où pose un homme dont la tête est cachée dans un bidon. Elle résume bien les enjeux abordés ici. « Ce personnage sans visage soulève la question de l’identité et du rapport au continent, le masque nous renvoie aussi au carnaval, aux déchets, à la consommation…».

Banane !

D’Amiens à Château-Thierry, ce sont ainsi une trentaine de photographes qui livrent en près de 600 pièces “leurs” visions de “leurs” îles. Point névralgique du rendez-vous picard : le Quadrilatère, à Beauvais. Dans cette galerie de 2 000 m2 est racontée une histoire singulière, divisée en quatre chapitres : “la mémoire”, la créolité”, “le paysage” et “le corps”. Des documents d’archives nous dévoilent d’abord la richesse iconographique de ces territoires et une tradition forte du reportage. Ce sont par exemple les scènes de vie (un mariage, le marché…) saisies en noir et blanc par Arlette Rosa- Lameynardie entre les années 1960 et 1980.

Peuple sans visage © Mujesira ElezovicTandis que Sylvain Duffard révèle l’urbanisation intensive frappant la Guadeloupe, ces bananiers desséchés, capturés par Mujesira Elezovic, intriguent. Ces “portraits” semblant d’immenses silhouettes humaines « sont une métaphore de l’état de l’agriculture, l’utilisation des pesticides… ». A ces témoignages répondent les oeuvres d’artistes contemporains, telle Nadia Huggins. En juxtaposant des images de son corps à celles d’animaux marins, ses diptyques interrogent son rapport à la nature. Cette “plongée” abolit toutes normes sociales : aucune construction politique ne dicte notre identité sous l’eau. En phase avec l’esprit du festival, son point de vue brise les clichés.

Julien Damien
Informations
Beauvais, Le Quadrilatère
14.10.2017>31.12.2017mar > ven : 12 h > 18 h, sam & dim : 10 h > 18 h, Gratuit