Entre deux mondes

Oubliez les tours de cartes et autres lapins blancs sortant d’un chapeau haut-de-forme. Etienne Saglio est un magicien de type 2.0. Le Caennais donne vie à des mondes emplis de créatures volantes, de monstres holographiques et de marionnettes plus vraies que nature. Il envisage la scène comme un terrain de jeu infini, où il règne en maître de l’illusion.

Auteur et interprète de ses créations, Etienne Saglio revendique l’appellation “magie nouvelle”. « Il s’agit d’un art à part entière, un langage puissant pour raconter le monde. La magie est avant tout la sensation du réel qui se tord. Et si l’on vient voir des spectacles c’est pour atteindre ce sentiment », explique l’intéressé. Mais tout cela réclame un travail de longue haleine, plusieurs années sont nécessaires pour mettre au point chaque spectacle, « cinq ans pour le premier, trois ans pour le deuxième… Je mets du temps mais je m’applique ! ».

D’une main de maître

Etienne a appris l’art du jonglage à six ans, pour « s’occuper », avant de perfectionner sa technique au Centre national des arts du cirque puis au Lido, à Toulouse. Depuis lors, son goût pour la manipulation d’objets ne s’est jamais démenti. Il crée sa compagnie, Monstre(s), à l’âge de 24 ans et façonne des oeuvres à l’imagerie impressionnante. Grand édificateur de chimères, professionnel du grand détournement, il confère une vie propre aux objets. En témoigne le succès de Le Soir des monstres (2007) sa première pièce, où tuyaux et bouts de ferraille lui échappent pour devenir serpents et oiseaux. La magie d’étienne chahute notre perception : « elle consiste à sonder l’indéfinissable, la zone d’ombre, en comptant sur la force de notre imaginaire ».© Etienne Saglio / Monstre(s)

La grande illusion

Au carrefour du cirque, de la danse et du théâtre, ses spectacles sont miraculeusement traversés par des hologrammes et de la vidéo. Dans Les limbes, il campe un homme muni d’un manteau rouge et d’une épée emporté dans un voyage entre la vie et la mort. Celui qui « travaille à l’intuition » a échafaudé un monde peuplé de créatures ondoyantes : une bâche en plastique se mue en méduse géante, un être de lumière apparaît tel un guide… Le protagoniste entame ainsi une chorégraphie ou un combat avec des formes évanescentes évoquant des spectres. Sans oublier une indispensable marionnette, sorte d’alter- ego brouillant nos repères entre l’être vivant et inanimé. « Je joue sans cesse à déplacer cette frontière » insiste étienne Saglio, pour qui rien n’est jamais figé. à l’image de son envie d’inventer encore « sans plan particulier », suivant l’inspiration du moment.

Marie Pons
Informations
Villeneuve d'Ascq, La Rose des Vents

Site internet : http://www.larose.fr

17.10.2017>19.10.201720h, complet
Articles similaires