Des châteaux qui brûlent

Verticales

Ouvrir un livre d’Arno Bertina est toujours une aventure. Cette expérience passe par la langue, poétique mais profondément réaliste, et la narration, constituée de retournements inattendus. Au départ, l’histoire rappelle notre triste actualité. Une délocalisation d’usine (ici, un abattoir de poulets), un ministre en visite pris en otage, l’emprisonnement virant au syndrome de Stockholm… Mais Arno Bertina en fait tout autre chose. L’homme politique n’a pas perdu ses idéaux de gauche (nous sommes dans une fiction…). Il pousse même les salariés à prendre en main leur outil de production. L’entreprise cernée de CRS devient dès lors le lieu de tous les possibles. Dans ce mouvement collectif, Bertina valorise chaque protagoniste. Le groupe se mue en un ensemble d’individus pétris de rêves et de peurs. L’auteur rend à chacun une humanité que l’abattage en série leur a enlevée. Par petites touches, on ressent l’inanité des délocalisations et les logiques purement financières. Un roman dramatique et drolatique, donnant envie d’occire le capitalisme sauvage. Avec des majorettes pour que cela reste une fête.

Simon Karyef

424 p., 21,50 €

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