Pour une poignée de degrés

C’est un livre nécessaire. Une contribution à ce défi qui nous concerne tous : sauver notre planète du réchauffement climatique. Oh, sans doute survivra-t-elle (elle a vécu pire). Pour l’humanité, c’est moins sûr… Les données scientifiques s’accumulent, les prévisions se précisent. Heureusement, les initiatives se multiplient. Les éditions Light Motiv y participent en photographie – tel ce cliché d’ours polaire échoué sur le béton et écrasé par la chaleur, pris par Klara Beck. Cette maison lilloise créée en 2007 par Eric Le Brun prend aussi le pari de raconter cette épreuve à travers un principe original. Aux oeuvres de dix photographes répondent celles d’anonymes, comme un dialogue poétique entre artistes et citoyens. Ce fut d’abord une exposition participative, présentée à Lille, Dunkerque ou Nantes. C’est aujourd’hui un livre, et toujours un site où chacun est invité à publier ses propres images, comme autant d’instantanés d’une vie en sursis. Au centre de cet ouvrage, il y a un beau texte de l’auteure roubaisienne Marie Desplechin. écrit à la veille de la COP 21, celui-ci s’adresse « aux enfants ». Si nous ne limitons pas le réchauffement planétaire à + 2°C d’ici 2100, ce sont eux qui subiront la catastrophe que nous ne voulons pas regarder…

Comment avez-vous écrit ce texte ? Je me suis beaucoup documentée et il reprend, dans sa structure, le livre de Naomi Klein, Tout peut changer. Le début du récit est effrayant et la fin encourageante. Enfin, dans la mesure du possible…

Vous écrivez que « si dans 10 ans les hommes n’ont pas réussi à stopper l’augmentation de la température, c’est fichu… » Il suffit de s’intéresser aux informations, elles ne sont pas secrètes. Et pourtant, on court tous ensemble vers la falaise pour mieux sauter.

Ours polaire (c) Klara BeckSerions-nous dans le déni ? Oui, et je me demande pourquoi les gens ne bougent pas plus, comme si on ne voulait pas voir la catastrophe. L’Arctique fond, l’eau des océans monte… le changement est visible partout, même en Europe. Ce qui est annoncé dans 30 ans est effrayant, telle cette sixième extinction de masse des animaux vertébrés qui est en cours, après celle des dinosaures il y a 65 millions d’années ! Aujourd’hui, on n’est pas dans les clous pour ralentir ce réchauffement climatique, et vu la politique américaine en la matière… Tout ça pour gagner de l’argent.

Pourtant, vous délivrez aussi des raisons d’être optimistes… Oui, il y a des gens qui bougent, par exemple à Grande-Synthe qui fait partie des “villes en transition”, pour reprendre le terme de l’Anglais Rob Hopkins. Il explique que le monde change et qu’il faut vivre autrement, à tous points de vue (travail, alimentation…). Il y a là-bas des solutions à toutes les échelles (on trouve des moutons en eco-pâturage, des vélos en libre-service…)

Vous vous adressez ici aux lecteurs « de 7 à 17 ans ». Pourquoi ? Les adultes ne sont-ils plus dans le coup ? Bien sûr qu’ils le sont encore. Mais ce qu’on écrit pour un enfant est compréhensible par un adulte. Leur problème, c’est qu’ils sont empêtrés dans le quotidien et guidés par des impératifs immédiats, comme l’emploi. Par exemple : le Triangle de Gonesse. Le groupe Immochan va supprimer les dernières terres arables proches de Paris pour en faire un grand parc d’attractions. L’argument c’est : “on va créer du boulot”. C’est absurde ! On sacrifie demain à tout de suite au lieu de chercher des solutions de transition. Mais les sirènes des groupes capitalistes fonctionnent, et les élus suivent…

Ne croyez-vous plus en notre classe politique ? Je la trouve peu mobilisée. On a d’ailleurs vu le gouvernement Macron s’écraser au sujet des perturbateurs endocriniens, devant l’Europe… Alors, quid du Triangle de Gonesse, du site d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, de Notre-Dame-des-Landes ?

Qu’en est-il alors de l’écologie politique ? Il est clair qu’EELV est fini. Mais un certain nombre de militants va se réorganiser autrement. Aujourd’hui, on n’est plus obligés d’accepter les systèmes d’appareils traditionnels, on peut fonctionner en réseau, il faut juste y croire.

Pine Hurst Golf and Country Club (c) Lek Kiatsirikajorn

Comment agir à titre personnel ? On peut choisir un fournisseur d’électricité non nucléaire, militer pour avoir des composteurs dans son quartier, manger moins de viande… ça ne rend pas la vie plus pénible. On peut aussi s’engager dans une campagne législative, écrire des pétitions, sortir dans la rue ou des choses toutes simples comme crier !

« Apprenez à désobéir », écrivez-vous…  Oui, et croyez-moi, ça vaut pour tout dans la vie ! Vous êtes l’une des romancières préférées des enfants et ados.

Pourquoi écrivez-vous pour eux ? Parce que je suis attachée à ma propre enfance. Je sais écrire pour les adultes, mais n’en ai pas envie. Et puis il est enthousiasmant de se dire qu’on a peut-être écrit le premier livre qu’un homme ou une femme lira dans sa vie.

Propos recueillis par Julien Damien
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