Drôle de dame

Révélée en 2014 avec son titre L’Amour en solitaire, produit par Yuksek, Juliette Armanet s’est depuis imposée comme la nouvelle coqueluche de la chanson française. A 33 ans, la native de Lille dévoile dans son premier album, Petite amie, des morceaux élégants et une plume faussement légère. Avant un concert à Hardelot, lors du Festival de la Côte d’Opale, puis au Splendid à Lille, rencontre avec une drôle de dame.

Quand avez-vous commencé à jouer de la musique ? Dès l’enfance. Il y avait un piano à la maison sur lequel tout le monde jouait. Ma mère préférait le classique tandis que mon père composait du jazz. De mon côté, je m’y suis mise vers 14 ans, avec l’arrivée des premiers émois amoureux.

En quoi votre dernier disque se distingue-t-il des précédents ? J’ai réalisé un premier album vers 20 ans, une sorte de cabaret, loin de ce que je produis aujourd’hui. Plus tard a suivi un autre disque inspiré de Björk et de Camille, assez bruitiste, avec des choeurs… Aucun de ces deux essais n’était très convaincant. En composant la chanson Manque d’amour, j’ai senti que c’était la bonne couleur, la bonne façon de placer ma voix, avec un texte consistant.

Auparavant vous étiez journaliste, n’est-ce pas ? Je ne me considérais pas vraiment comme tel mais je tournais des documentaires, principalement pour les soirées « thema » d’Arte. Je recueillais la parole des gens sur tel ou tel sujet de société mais n’avais pas de formation de journaliste. Ce souci de l’exactitude n’est pas dans mon tempérament. J’ai exercé ce passionnant travail durant sept ans.

Comment la musique a-t-elle pris toute la place ? J’emportais toujours mes synthés en tournage, entretenant cette passion en parallèle. Puis, il y a eu un alignement de planètes. A la fin de ma collaboration avec Arte, j’ai ressenti une forme de lassitude pour ce métier. Cet album est donc arrivé à point nommé.

Comment qualifieriez-vous votre style ? Je crois que c’est vraiment de la variété, chic j’espère, et je dirais ironico- mélancolique (rires).

Pourquoi avez-vous intitulé votre album Petite amie ? J’aime l’idée de m’auto-qualifier, un peu comme Cavalier seule, ça fait très saga. Cette formule évoque aussi toute la mythologie de l’amour adolescent, pur, des premiers émois sentimentaux, romantiques et très romanesques. C’est la mèche de cheveux ou le foulard qu’on garde après les vacances. Ce titre comporte aussi une dimension un peu ironique et érotique, ce côté « 36 15 petite amie ».

Pourquoi l’amour est-il le seul thème de votre album ? Parce que je ne sais pas parler d’autre chose. J’aime y voir une espèce de « carte du temps », d’analyse de tous les sentiments qui gravitent autour de l’amour : le désespoir, l’attente, la joie, la désillusion, la mélancolie, la vengeance…

Cela dit, on perçoit aussi un décalage… C’est tellement impudique de chanter ses déboires amoureux… Du coup, je pratique l’autodérision, en tant que première auditrice, j’ai envie de me faire rire tout en m’émouvant. Evidemment, certains textes sont assez mélancoliques mais la tragédie n’existe pas sans comédie. Ce n’est pas du cynisme mais une manière de ménager le chaud et le froid pour renforcer l’émotion.

A-t-on raison de vous comparer à des artistes comme Véronique Sanson, Alain Bashung ou William Sheller ? Je me sens en phase avec cet héritage- là et je ne m’en cache pas. Il y a des références conscientes et inconscientes, je n’ai jamais pensé à Véronique (Sanson) en écrivant. Mais ça me flatte, ce sont de grands noms de la chanson française. Je ne sais pas si on a fait mieux depuis. Même si certaines artistes que j’adore comme Camille et Christine and the Queens ont renouvelé le genre récemment.

Vous ne vous souciez guère de l’air du temps ? Je n’ai pas cette obsession de la modernité. Quand une chanson est bonne, elle l’est peu importe sa contemporanéité. Je suis beaucoup plus attirée par l’idée d’être intemporelle. C’est pourquoi la production est assez épurée, je ne veux pas que ma musique vieillisse trop vite.

C’est donc la postérité qui vous intéresse ? Oui ! D’ailleurs j’espère ardemment qu’à Lille on inaugurera une rue Juliette Armanet (rires).

Propos recueillis par Hugo Guyon

A écouter : Petite amie (Barclay)

Concerts : LiègeReflektor, 17.10.2017 à 20h00, 14€ + BruxellesBotanique, 18.10.2017 à 19h30, Complet + LilleLe Splendid, 19.10.2017 à 20h00, 23€

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