La Cafetière

Évacuons ceci d’emblée : oui, Fabcaro a signé l’une des bandes dessinées les plus absurdes, hilarantes et politiques publiées depuis des décennies avec Zaï Zaï Zaï Zaï (2015). Pour le fond, un scénario frappadingue qui fait écho à notre monde BFMisé. Pour la forme, un jeu sur la répétition, le rythme et l’anonymat. Bref, si ce n’est fait, foncez lire ce monument du 9e art. On ne pouvait faire l’économie de mentionner ce précédent car c’est ce succès public (l’album est régulièrement épuisé) et critique (les récompenses s’amoncellent) qui a valu un gros coup de fatigue à son auteur. Qui prend une pause. Et revient à ses marottes, celles d’un éternel ado maladroit et déjà quadra, précaire à temps plein et doutant de tout et de lui-même. Impossible de conter ici un gag plus qu’un autre (bien que “l’usine à gaz” vaille son pesant d’or). Les fanatiques, dont nous sommes, retrouveront ici le même trait rond et l’esprit de La Clôture (2009) du même auteur (qui narrait entre autres son impossibilité à trouver l’inspiration tant que la barrière du voisin ne serait pas réparée) ou, dans un autre registre, Moi, BD (2014) de Bouzard. Du très grand art. On attend forcément la suite, en espérant ne pas trop mettre la pression à l’intéressé… 64 p., 13 €.

Thibaut Allemand
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