L'automne du monde

Généreusement accueilli par la critique française, Au revoir l’été (2014) ne laissait guère présager de l’audace de son réalisateur. Avec Sayōnara, Kōji Fukada quitte les terres balisées du chassé-croisé sentimental pour aborder les horizons métaphysiques de la fiction post-apocalyptique.

 

 

 

Du Godzilla de Tomoyuki Tanaka jusqu’aux fantômes de Kiyoshi Kurosawa, le péril atomique hante le cinéma japonais depuis maintenant plus de 70 ans. Après 2011 s’est ajoutée au traumatisme de Hiroshima et Nagasaki la catastrophe, toujours en cours, de Fukushima. C’est évidemment à cela que l’on pense face aux premières images crépusculaires de Sayōnara.Mais, plutôt que de s’inscrire dans l’actualité immédiate, Kōji Fukada prend le parti de la science-fiction.
Robot-acteur –  Après une attaque terroriste contre une centrale, Tanya vit isolée dans son chalet avec Geminoid F. Tandis que la population est lentement évacuée, le face-à-face se resserre entre l’humain et l’androïde. Cela pourrait n’être qu’une performance. Sayōnara est en effet le premier film à faire jouer ensemble une actrice et une humanoïde (créée par le roboticien Hiroshi Ishiguro). Pourtant, cette étrangeté n’est jamais mise en avant pour elle-même. Elle n’est au fond qu’une autre manière de confronter l’humanité à son imminente disparition. Celle-ci se traduit aussi dans les nuances de beige et de brun qui recouvrent une nature comme suspendue. L’intelligence de Fukada est de ne pas réduire la fin du monde à un “bang”, mais de la montrer comme une longue et douce agonie. Saisie dans toutes ses variations, la lumière devient alors un terrible et bouleversant linceul.

Raphaël Nieuwjaer

De Kōji Fukada, Avec Bryerly Long, Geminoid F, Hirofumi Arai… Sortie le 10.05