La nuit lui appartient

Photo Christophe Piret

Plus de 30 ans après sa disparition, Alain “death trip” Pacadis incarne toujours la quintessence du dandy glam-trash, l’âme chic et torturée des seventies et du début des eighties, qu’il chroniqua comme personne. C’est ce personnage borderline mais attachant que ressuscite la Compagnie 2L, dans un spectacle mêlant théâtre et musique.

Chroniqueur musical, alter-mondain, « reporter de l’underground » comme il se signait, Pacadis fit d’abord connaître le punk en France, au milieu des années 1970. Surtout, ce petit homme malingre et d’aspect faussement négligé rendit compte comme personne du night-clubbing dans divers lieux de perdition, Le Palace en tête. Ses articles, publiés dans Libération, viraient au journal intime. Ils brossaient le portrait d’une époque extravagante, sans doute plus libre qu’aujourd’hui, mais en train de vaciller. “Paca” y parlait sexualité, des artistes qu’il côtoyait, de sa vie, de la mort des idéaux des années 1970… A bien des égards, il fut le précurseur du journalisme gonzo dans l’Hexagone. C’est à partir de ces textes bardés de cynisme et de spleen, rassemblés dans Un jeune homme chic, qu’est né ce spectacle. Celui-ci se concentre sur ses années fastes, entre 1977 et 1981, juste avant sa déchéance dans la solitude et la misère.

Trop humain

Créée par Anne Lepla et Guick Yansen en 2008, « avec la volonté de croiser le théâtre et la musique », la Compagnie 2L n’entend pas pour autant livrer un biopic de ce drôle de gonze. Sur scène, entouré de deux musiciens, un comédien (Damien Olivier) déclame certes ses mots mais incarne un personnage fantasmé. « On ne souhaitait pas qu’il lui ressemble. On a regardé beaucoup de documentaires avant de créer notre propre Pacadis. Celui-ci cultive par exemple un côté Iggy Pop dans sa manière de bouger », explique Anne Lepla. « Il s’agit avant tout d’un collage poétique de moments de sa vie. Ce n’est pas narratif. On le suit dans ses délires, écoutant du Mahler en se soûlant chez lui ou s’éclatant au Palace en slip ».

Pour cette pièce-concert, Anne Lepla et Guick Yansen (par ailleurs membres du groupe Luna Lost) ont composé une dizaine de morceaux dans le pur style coldwave, novö ou « minimalistes façon Jacno » qu’ils jouent en direct. « La musique n’est pas un habillage, elle fait partie de la dramaturgie. Parfois, les notes appellent une scène, parfois Damien chante avec nous comme en concert, complice avec les artistes tel que Pacadis l’était dans la vie ». Ils dépeignent une époque chancelante, racontée par un type drôle et désespéré, “no future”, fuyant le monde dans le rêve ou les paradis artificiels, nous invitant « à danser au bord du gouffre ».

Julien Damien
Informations
Roubaix, Théâtre de l'Oiseau-Mouche

Site internet : http://www.oiseau-mouche.org

03.05.2017>04.05.2017mer : 19 h, jeu : 20 h 30, 12 > 6 €
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