Exposition trois étoiles

Pour sa quatrième édition, l’Open Museum du Palais des beaux-arts de Lille ouvre ses collections à Alain Passard. Replaçant le jardin au centre de l’assiette, ce chef avant-gardiste est une référence de la gastronomie française. étonnante et alléchante, l’exposition allie cuisine et art, sans faute de goût.

« Un cuisinier réveille le palais ». C’est avec ce jeu de mots que le Palais des beaux-arts de Lille annonce son nouvel Open Museum. Celui-ci est consacré à Alain Passard, à la tête du restaurant parisien l’Arpège, trois étoiles au Guide Michelin. Cette carte blanche étonne au premier abord, mais le musée n’en est pas à son premier coup d’éclat : après les musiciens de Air, le collectif d’artistes InterDuck et le dessinateur Zep, Bruno Girveau pousse le concept encore plus loin. « Je me suis souvenu d’une discussion avec Alain Passard il y a 15 ans, raconte-t-il. Il me confiait que l’art était pour lui une source d’inspiration ». Le conservateur lillois a de la mémoire et de l’audace. Le chef étoilé, lui, « aime faire les choses où (il) apprend ». La rencontre était évidente. Une fois le rendez-vous fixé, restait à « meubler la maison », investir ces « 22 hectares de jardin ». Epaulé par la commissaire Valentine Meyer, le maître des papilles a voulu donner à cette exposition « une harmonie, un côté très gourmand », et mettre en valeur les cinq sens.

Par le menu –  Ce parcours atypique révèle des œuvres d’art contemporain choisies par le chef, mais aussi quelques-unes de ses propres créations. Ce dernier pratiquait le collage avant même d’œuvrer derrière les fourneaux à 13 ans. On découvre des « bouts de papier assemblés » qui renvoient à ses recettes de légumes, entre autres. Dès l’entrée, des pinces de homard géantes en bronze façonnées par Alain Passard accueillent le visiteur. Dans l’atrium, des cocottes-minutes fument. Certes, il est question de cuisine, mais aussi de nature, de saison, comme avec cette installation de Rudy Decelière où des feuilles de magnolia remuent et bruissent, suspendues à des fils de cuivre. Plus loin, Jean-Bernard Métais, artiste-vigneron, capture l’esprit d’un vin de Jasnières de 1898 dans une œuvre en verre, revisitant la Grande Ombre d’Auguste Rodin qui date de la même année. Vin et art, tel un appel à l’hédonisme encore plus marqué.

Le chant du feu –  « La main du cuisinier est comme celle de l’artiste, insiste Alain Passard, il y a la même grâce dans certains plats ». Les enfants des cantines lilloises ont pu l’expérimenter autour
d’un menu élaboré par ses soins, le jour du vernissage : mousseline de petits pois, légumes croquants, compotée de rhubarbe. Le chef partage ainsi un souvenir d’enfance : « Il n’y avait pas de thermostat quand j’étais gamin. Ma grand-mère me disait souvent : “écoute le chant du feu” ». La cuisine est une affaire d’ouïe, d’odorat, de toucher… « Il faut rappeler l’importance des sens. (…) Cette exposition est une conjugaison de saveurs, de textures, de parfums. Je veux qu’en sortant, vous alliez vous faire une belle assiette ». Pari réussi, cette visite donne l’eau à la bouche !

Texte Marie Tranchant - Photo Portrait Alain Passard © Bernhard Winkelmann / émotion pourpre au parmesan, collage © Alain Passard
Informations
Lille, Palais des Beaux-Arts de Lille

Site internet : http://www.pba-lille.fr

Lun 14h>18h, mer>ven, 10h>18h, sam & dim, 10h>19h

Gratuité : le 1er dimanche de chaque mois.

08.04.2017>16.07.2017
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