Va savoir !

Seize ans après son lancement par les Américains Jimmy Wales et Larry Sanger, le 15 janvier 2001, Wikipédia est devenu le premier site web non-commercial consulté au monde (derrière Google ou Facebook). Comptez 500 millions de visiteurs uniques par mois (près de 20 en France), plus de 30 millions d’articles rédigés par 2 millions de contributeurs, dans 293 langues ! Bref, que ce soit pour finir un devoir de maths ou (avouons-le) écrire un article sur un obscur joueur de maracas zimbabwéen, on a tous un jour ou l’autre consulté cette encyclopédie libre.  Mais savons-nous seulement comment elle fonctionne ?

Aussi loin qu’il se souvienne, Dominique Cambrésy a toujours aimé collecter des informations. « Tout petit déjà, je réalisais des fiches sur tout et n’importe quoi : les capitales du monde, la liste des rois de France… ». Forcément, quand Wikipédia a pointé le bout de ses pixels, ça l’a intrigué. Ce prof de mathématiques du nord de la France a commencé par y corriger quelques fautes d’orthographe avant de se prendre au jeu. « Quand vous cliquez sur le bouton “modifier”, c’est un nouveau monde qui s’ouvre ». Celui du savoir en accès libre. D’une communauté, aussi. Depuis mars 2007, “Cbyd” de son p’tit nom de wikipédien, fait partie des 15 000 contributeurs francophones actifs sur l’encyclopédie. Ce père de famille « avide de savoir » y passe environ « 20 heures par semaine ». Revendique la création de 1 200 pages et co-anime une WikiPermanence à Lille, afin d’éclairer les néophytes. Ses domaines ? La littérature (sa première fiche concernait Jean D’Aillon, un auteur de romans policiers), les mathématiques (évidemment) et les biographies féminines. « Il y a un gouffre entre la représentation des femmes et celle des hommes sur ce média, en termes de contributions comme d’articles. Avec plusieurs utilisateurs, on a donc formé un groupe pour y remédier. J’ai choisi de rendre hommage à des scientifiques africaines méconnues. A mon échelle, quelque part, je change le monde ».

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A la source

Mais, concrètement, comment fonctionne Wikipédia ? C’est simple : n’importe qui peut écrire ou corriger n’importe quoi. Mais pas n’importe comment. « D’abord, l’article ne doit pas comporter une tonalité trop dithyrambique, publicitaire, explique Dominique. Surtout, il doit être systématiquement “sourcé”, à partir de journaux, d’ouvrages ou même de blogs sérieux. C’est l’un des principes fondateurs. Une production inédite, sans références, sera rejetée ». Qui veille au grain ? Les membres de la communauté. « Si vous publiez une bêtise, un contributeur s’en apercevra via sa notice de suivi. Je contrôle par exemple 1 500 articles, grâce à une case dans mon espace perso où me sont signalées toutes modifications. Je peux les valider ou les supprimer. Si vous écrivez par exemple “pipi-caca-prout” sur la page d’Emile Zola, ça ne tiendra pas plus de 15 secondes. évidemment, les propos racistes ou homophobes sont éliminés sans délai ». Que répondre aux critiques qui mettent en cause la véracité du contenu de ce média ? « Ils ont raison, mais c’est la seule encyclopédie contenant autant d’informations. Et puis, vous pouvez toujours tourner les pages d’un encyclopédie en papier pour chercher le bouton “modifier”… Wikipédia est vivant, perfectible en temps réel ».

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Voici la taille de Wikipédia, les domaines qu’il renseigne et leur degré de modification. En bas à gauche : celle d’encyclopédies classiques.

 

Nouveau modèle

Pour Dominique, ce site véhicule « une philosophie : nous partageons une autre vision de la société, une façon de démocratiser le savoir loin de tout système marchand ». Car le mastodonte en ligne gratuit vit uniquement grâce aux dons des utilisateurs. En 2016, la Wikimedia Foundation (le siège, basé à San Francisco, où travaillent 200 salariés) a récolté 82 millions de dollars pour en dépenser 66. A quoi sert cet argent ? A financer l’hébergement du site. Et à innover. En sus de cette encyclopédie libre, la galaxie wiki, c’est aussi une immense base de données (Wikidata), une médiathèque servant à stocker des photos, vidéos ou sons (Commons), un dictionnaire (Wiktionnaire)… Bref, « c’est un écosystème sous licence libre où tout s’imbrique ». La prochaine étape ? La Wikiversité ! « Des cours universitaires, conçus de façon collaborative ». Citons aussi les GLAMs, pour “Galleries, Libraries, Archives, and Museums”, des projets collaboratifs menés avec des musées. A Lille par exemple, Wikimédia France travaille avec le Palais de Beaux-Arts sur une collecte de photos et de souvenirs en ligne inédite, où les usagers sont invités à raconter leur histoire avec l’institution. Comme Dominique aime répéter à ses élèves : « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

 

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Julien Damien

WikiPermanence : tous les premiers mardis du mois, 18 h, espace Coroutine, 8 rue Molière à Lille, lacoroutine.org