A l’état brut

Le LaM consacre sa nouvelle exposition à Michel Nedjar. Les habitués du musée villeneuvois connaissent surtout ses troublantes poupées. Mais cette passionnante Introspective met en lumière un artiste protéiforme, en perpétuel renouvellement. Visite guidée.

A quelques jours de l’ouverture d’Introspective, Michel Nedjar remonte le temps dans les salles du LaM. Il revient sur un parcours de plus de cinquante ans, non seulement avec ses poupées, mais aussi des dessins, des films… « C’est très intime, explique-t-il. Mais je ne peux pas exclure les gens que j’ai rencontrés, les souvenirs ou la sexualité, de mon travail. Tout est lié ». Cette foisonnante exposition puise avant tout dans la collection du LaM, qui possède près de 300 pièces de l’artiste sur les 350 ici dévoilées. Pour le reste, il a fallu fouiller dans la production prolifique de son atelier. D’autant que Michel Nedjar est un obsessionnel, spécialiste de l’accumulation. Une passion pour la récup’ que ce fils de tailleur tient de sa grand-mère, chiffonnière aux puces.

Evénement fondateur

Pour guider les visiteurs dans cette immersion, les deux commissaires ont opté pour une présentation chrono-thématique. Chacune des six salles correspond à une période de la vie du plasticien, un atelier. En écho aux oeuvres sont projetés des films expérimentaux réalisés par Nedjar lui-même. Les thèmes qui le poursuivront sont tous déjà présents dans la première section. On est accueilli par un tableau peint alors qu’il était adolescent, après le choc du visionnage de Nuit et Brouillard, d’Alain Resnais. Près de soixante ans plus tard, la Shoah hante encore son travail, à l’instar de ce reliquaire cousu qui contient des cailloux ramassés à Auschwitz.

Création spontanée

En face de cette oeuvre de jeunesse, on croise une première poupée. Elle a suivi Nedjar dans tous ses déménagements et renferme, à elle seule, plusieurs traits caractéristiques de son art : l’objet trouvé, voire abîmé, la figure du double (elle est bicéphale), le rapport à la matière et la fascination pour cette figurine, bien sûr, que Nedjar qualifie “d’idole”. Dans la salle suivante ont pris place les fameuses “chairdâmes”, une multitude de personnages en tissu, évoquant tantôt des momies tantôt des grigris. Non loin, les bas-reliefs en papier mâché rappellent la culture maya. L’homme est un grand voyageur, très influencé par le primitivisme et le spiritisme. Comment travaille-t-il ?A l’impulsion. Une poupée naît en moins d’une journée : « il ne faut pas que ça traîne. » Plumes d’oreiller, morceaux de bois, un coup de fer à repasser sur le dessin pour qu’il sèche plus vite. Oui, tout est bon pour créer. Et c’est plus fort que lui.

Madeleine Bourgois
Informations
Villeneuve d'Ascq, LaM

Site internet : http://www.musee-lam.fr/

24.02.2017>04.06.2017mar > dim : 10 h > 18 h, , 10 / 7 € / gratuit (-12 ans)

Oeuvres commentées

(Sans titre) Présences (par Jean-Michel Bouhours, co-commissaire de l’exposition)

Sans titre, septembre 1994. Acrylique et cire sur papier; 105 x 75 cm. Collection de l’artiste. Photo : N. Dewitte / LaM. © Michel Nedjar, 2017

Sans titre, septembre 1994. Acrylique et cire sur
papier; 105 x 75 cm. Collection de l’artiste.
Photo : N. Dewitte / LaM. © Michel Nedjar, 2017

« Voici l’une des toiles de la série Présences, que Michel a peintes avec les doigts, à la cire. Grâce à la lumière du fond, cette silhouette légèrement en plongée s’offre comme une ombre, une présence archaïque lointaine. Dans son oeuvre, Michel Nedjar joue beaucoup avec les inversions, notamment le rapport présence/absence. L’ombre traduit l’absence d’un corps ».

 


 

Poupées de voyage (par Corinne Barbant, co-commissaire de l’exposition)

Sans titre (Poupée de voyage, Chine), mars 1997. Technique mixte; 30 x 11,5 x 5,5 cm. LaM, Villeneuve d’Ascq. Photo : M. Bourguet. © Michel Nedjar, 2017

Sans titre (Poupée de voyage, Chine), mars 1997.
Technique mixte; 30 x 11,5 x 5,5 cm. LaM,
Villeneuve d’Ascq. Photo : M. Bourguet.
© Michel Nedjar, 2017

« Les poupées de voyage, que Michel Nedjar a léguées au LaM, sont présentées pour la première fois ensemble. On en recense 172. L’artiste a fabriqué la première sur l’île de Pâques, avec un morceau de bois et de tissu. Puis, au fil des voyages, il en a conçu d’autres avec des objets trouvés à terre. Ces poupées symbolisent l’image d’une ville, et composent un voyage intérieur. Pour Michel Nedjar, garder trace de tout est une manière de conjurer la perte ».

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