Anti-sceptique

Frédéric Ferrer, Les Vikings… © Cyrille Cauvet

Agrégé de géographie, cet ancien prof a quitté l’Education nationale pour se consacrer au théâtre. Désormais acteur et metteur en scène, Frédéric Ferrer s’est rendu célèbre avec des conférences-spectacles sur le réchauffement climatique. Une « dramaturgie du PowerPoint » aussi drôle qu’engagée.

Sur scène : un grand tableau blanc, une petite table et un rétroprojecteur. Au milieu déambule un type en chemise à l’air plutôt sérieux. Oui, ça ressemble à un cours magistral, mais ça n’en est pas un… « Bien, avant de commencer cette conférence, on va résumer les 7 étapes de la précédente et notamment sa question centrale: où est le canard ? », annonce notre hôte, provoquant l’hilarité dans la salle. L’incongruité du titre aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : Les Vikings et les satellites. Frédéric Ferrer convoque ici Erik Le Rouge, découvreur il y a un millénaire du Groenland : “la terre verte”. « Problème : ce pays est blanc. Donc soit il a menti, soit il faisait plus chaud au Moyen âge…». Une démonstration digne des plus graves climato-sceptiques, mais subtilement tournée en dérision.

P’tits canards

Depuis 2010, Frédéric Ferrer nous fait rire avec ses “cartographies”, des conférences-spectacles où les raisonnements de cet étrange spécialiste glissent invariablement vers l’absurde. Cela a commencé avec A la recherche des canards perdus, divagation sur un sujet bien réel : en 2009, la Nasa a largué 90 palmipèdes en plastique au coeur du Groenland pour mesurer la fonte des glaces. Hélas, on ne les a jamais retrouvés… Du pain bénit pour ce fan des Shadoks, dont les exposés (improvisés !) s’appuient sur des enquêtes menées auprès de scientifiques. « Je suis vraiment allé chercher ces canards au Groenland », confirme-t-il. Bref, qu’il s’agisse d’évoquer la nécessité de quitter notre bonne vieille planète (Wow !), de l’épopée du moustique tigre (Les Déterritorialisations du vecteur) ou, bientôt, de la disparition des morues au large de Terre Neuve (« pourquoi ne reviennent-elles pas ? Peut-on réparer un écosystème ? Est-ce à cause de Brigitte Bardot ? ») « mes performances mettent toujours en jeu une question sérieuse non résolue. Je propose simplement une réponse plus décalée ».

L’infini et au-delà

Pour autant, il ne s’agit pas de se moquer des savants. « Cette folie du chercheur à vouloir tout comprendre et qui loge parfois dans des choses si petites, telle la vie d’un mollusque près d’un lac, me passionne… Pour moi, c’est de l’ordre de la poésie. J’adore ce décalage entre le dérisoire et les grandes causes. A l’image des experts de l’ONU qui passent des heures à discuter d’une virgule, d’un mot, alors qu’ils doivent trouver un accord pour sauver l’humanité ». Frédéric Ferrer aborde ainsi ces grands dérèglements du monde via deux projets distincts dans la forme. D’un côté L’Atlas de l’anthropocène et ses cartographies, de l’autre des pièces portées par des comédiens : Les Chroniques du réchauffement. Citons Kyoto Forever 1 et 2 ou Sunamik Pigialik ? (Que faire ? en inuit), son premier spectacle jeune public, questionnant le devenir de l’ours polaire. « On vit une époque incroyable, prenant conscience que notre système de développement est incompatible avec notre pérennité sur le globe terrestre, analyse-t-il. La sixième extinction de la biodiversité dans laquelle nous sommes entrés est dramatique, ces questions sont au cœur de notre humanité et le théâtre doit s’en saisir… Je le dis sans ironie: cela me procure une source incroyable de fictions possibles. Je n’ai ainsi pas envie de monter du Molière ou du Shakespeare, leurs interrogations ne sont plus les miennes, je trouve celles d’aujourd’hui dix fois plus riches : comment accepter la disparition d’un monde, se projeter dans 100 ans… » Une conviction écologique qui n’empêche pas les pas de côté. Frédéric Ferrer crée actuellement avec le chorégraphe Simon Tanguy Allonger les toits, une relecture du journal de James Tilly Matthews, premier cas de schizophrénie étudié. « Une proposition hybride qui, je l’espère, sera drôle ». Soyons sérieux : peut-il en être autrement ?

 

Julien Damien

Les Vikings et les satellites

Wambrechies – 12.03, Salle des Fêtes, 17 h, gratuit,

Sunamik Pigialik ?

Armentières – 01.04, le Vivat, 17 h, 7 € //  Villeneuve d’Ascq – 04 & 05.04, La Rose des Vents, 19 h, 12 > 6 € // Maubeuge – 07.04, Le Manège, 10 h & 14 h, 4 €

Allonger les toits

Villeneuve d’Ascq – 28 & 29.03, La Rose des Vents (dans le cadre du festival Le Grand Bain), mar : 21 h, mer : 19 h, 21 > 13 €

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