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Stars à domicile

On savait Guillaume Canet à l’aise devant comme derrière la caméra. Après s’être spécialisé dans le thriller (de Ne le dis à personne à Blood Ties), le réalisateur revient à ses premières amours : la comédie. Dans Rock’n’Roll, il s’attaque à la crise de la quarantaine, sa peur d’être “has been” et son quotidien avec Marion Cotillard. Rencontre avec le couple chouchou du cinéma français, à la frontière du réel et de la fiction.

Comment le film est-il né ?

Guillaume : Suite à une interview. Une journaliste m’expliquait qu’entre ma femme, mon fils, ma maison de campagne et mes chevaux, ma vie n’était pas très sexy ! J’ai rapporté cette discussion au scénariste, Rodolphe Lauga, et lui ai rappelé un vieux projet : réaliser un faux documentaire sur ma vie, un peu comme I’m Still Here de Casey Affleck et Joaquin Phoenix où celui-ci met en scène sa fausse descente aux enfers. A l’ère du selfie, je trouvais intéressant de montrer un film malmenant l’image des “stars” qui fascine parfois les gens. Voici comment est né Rock’n’Roll, un docu-fiction où Guillaume Canet, moi sans être moi, essaye de redevenir un jeune premier.

Quelle place réservez-vous au second degré ?

Guillaume : Dès l’écriture, je savais qu’il s’agirait d’une comédie. Il fallait donc aller très loin. à la fin, le ridicule prend vraiment le dessus. Mon personnage est prêt à tout et n’importe quoi pour être “rock’n’roll”.

Marion, quelle fut votre réaction à la lecture de ce scénario surprenant ?

Je l’ai d’abord lu comme une simple histoire, en me demandant si elle comportait une dimension universelle ou si elle ne concernait que le cercle du cinéma. Il y a tant de niveaux de lecture que j’ai tout de suite été conquise. C’est un film atypique, pas seulement parce qu’on joue nos propres personnages…

Avez-vous, comme à l’écran, peur de vieillir ?

Guillaume : Absolument pas. Simplement, je n’aime pas avoir mal partout le matin en sortant du lit ! Concernant mon apparence, je n’ai aucun problème.

Marion : Physiquement, vieillir est vraiment troublant. Surtout quand on exerce un métier d’image comme le nôtre. C’est pourquoi tant d’acteurs ont recours à la “retouche physique”. Et on ne peut pas les juger. Prendre de l’âge est compliqué pour un comédien. Pour le moment, je suis en totale adéquation avec moimême. J’espère que cela continuera.

Et craignez-vous vraiment, comme dans le film, d’être “has been” ?

Guillaume : J’ai déjà ressenti ce sentiment d’être “au creux de la vague”, après Vidocq notamment (ndlr en 2001)… Pendant un an et demi, plus rien ne se passait. Mais cela fait partie du métier. Les acteurs sont dépendants du désir des autres. Alors soit on attend, soit on se retrousse les manches en devenant soi-même créateur. J’ai donc écrit Mon idole à ce moment-là.

Vous n’aviez pas réalisé de comédie aussi déjantée depuis Mon idole justement, en 2002. Après tous ces thrillers, était-ce une “respiration” nécessaire ?

Guillaume : J’étais devenu un vrai boulimique du travail et je me sentais sec, il me fallait me couper du cinéma. Alors, j’ai repris une licence professionnelle d’équitation et ça m’a fait beaucoup de bien. Cela m’a redonné l’insouciance perdue depuis Mon idole. Cette pause fut le déclic qui me poussa à revenir vers la comédie.

Une fois de plus, vous vous êtes entourés de vos proches (Yvan Attal, Gilles Lellouche…) qui jouent tous leur propre rôle. Pourquoi ?

Guillaume : Il était inconcevable de ne pas m’entourer de mes potes pour ce projet. Ils n’ont quasiment pas improvisé. Ils ont tous joué le jeu, surtout mon ami Johnny (ndlr : Hallyday), qui a bien compris l’aspect burlesque du film. Lui-même s’amuse avec son image depuis des années. Il est tellement rock, c’est le roi ! Le voir coincé derrière les barreaux des chiottes chanter Les portes du pénitencier, c’est quand même pousser très loin l’autodérision !

Cherchez-vous à dénoncer l’omniprésence de l’image dans notre société ?

Guillaume : Pas du tout. D’ailleurs, je ne cherche pas à contrôler mon image dans ce film. C’est juste une manière de s’amuser d’un thème qui fait jaser : ma “célébrité” ainsi que celle de mon couple. Je me suis dis, « à mon tour de m’amuser maintenant ». C’est aussi une manière de dire au public « ne croyez pas TOUT ce qu’on vous raconte ». Et pourquoi pas de nous interroger sur le selfie par exemple. Je ne comprends pas cette mode où les gens veulent obligatoirement se prendre en photo avec vous. Ils ne cherchent même pas à nous saluer et à discuter !

Propos recueillis par Mélissa Chevreuil

Rock’n’ Roll

De Guillaume Canet, avec Guillaume Canet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche, Yvan Attal… Sortie le 15.02

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