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Sur le divan

(c)Alfama Films Production

35 ans après la Femme d’à côté de Truffaut, Fanny Ardant retrouve Gérard Depardieu sur un plateau, mais pas du même côté de la caméra. Dans son 3e long-métrage aux faux airs de conte, Le Divan de Staline, elle montre un tyran vieillissant, tourmentant psychologiquement sa maîtresse Lydia (Emmanuelle Seigner) et un jeune artiste (Paul Hamy) qui doit réaliser son portrait. Rencontre avec une cinéaste-comédienne sondant les rapports entre art et pouvoir.

Comment est venue l’idée d’adapter le roman de Jean-Daniel Baltassat ?

Je n’ai pas lu de grands livres sur Staline mais celui-ci m’a tout de suite intéressée. Parce qu’il racontait l’histoire d’un Staline se faisant psychanalyser, cette fausse histoire dans la grande histoire… Je nourris aussi une passion pour la culture russe et, comme je cherchais un rôle à la m esure du talent de Gérard [Depardieu], quelque chose s’est mis en branle. Bien entendu je n’ai pas de formation d’historienne, donc c’était un pari risqué.

Quel Staline souhaitiez-vous montrer ?

La réalité historique ne m’intéresse pas. Je le vois plutôt comme un archétype de dictateur, de la terreur. C’est une figure de la mémoire collective. Quand on parle de Staline, on sait qu’il incarne le pouvoir absolu, celui de vie ou de mort… Je voulais montrer les sentiments qu’il inspire : la démission, la soumission, l’acquiescement, la collaboration… Au fond, je ne souhaitais ni le défendre ni l’accuser. Dans le film, c’est un personnage shakespearien à la manière d’un Macbeth. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi ce château portugais en guise de lieu de tournage. Il a un côté extravagant, comme le palais de Barbe bleue.

De manière plus générale, comment qualifier votre film ?

Ce n’est pas une reconstitution historique, ni un documentaire. Si l’on s’intéresse aux faits et gestes de Staline, autant se tourner vers les travaux des universitaires. De mon côté, je propose une fable sur la peur face au pouvoir. Je montre comment on se délite, on disparaît face à lui.

Avez-vous travaillé avec l’auteur durant la réalisation du film ?

Non, j’ai retenu ce qui me plaisait dans le roman. J’ai aussi modifié certains passages. Ainsi, j’ai évacué le côté psychanalytique du personnage historique. Dans le film Lydia occupe une place plus importante. J’ai ajouté certaines scènes comme celle où Staline regarde l’Ange Bleu (de Josef Von Sternberg) pour la mise en abyme avec le mari trompé. J’ai retouché la fin et le sort réservé à certains personnages. Pour le coup, j’ai soumis cette modification à l’auteur, avec qui j’entretiens de très bon rapports.

Le rapport entre l’art et le pouvoir est central dans le film, n’est-ce pas ?

En tant qu’artiste, on n’a pas besoin de vivre à l’époque de Staline pour avoir vécu ce rapport au pouvoir et à la peur. Evidemment, on n’est pas autant menacé de mort. Cela dit, la question de la soumission, de l’abandon de ses rêves face au pouvoir est tangible. Sans parler du besoin de financements… Faut-il se couper les ailes pour plaire, être aimé ?

Au-delà de Gérard Depardieu, pouvez-vous nous parler des autres acteurs, Emmanuelle Seigner et Paul Hamy ?

J’aime beaucoup ce mélange de femme fatale et d’enfant, de provocation et de douceur chez Emmanuelle Seigner. On ne sait pas dans quelle eau elle se situe, elle est mystérieuse. Pour le rôle de Paul Hamy, j’avais besoin d’une expression plus innocente. Son personnage Danilov est un peintre assez fragile.

(c) Alfama Films Production

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Pourriez-vous interpréter un rôle dans l’un vos films ?

J’aurais beaucoup aimé, pour chacun des rôles que j’ai écrits, même les personnages masculins. Mais en tant qu’actrice j’ai tendance à m’oublier, me laisser emporter par le charme d’une scène. Je ne crois pas que j’aurais pu jouer tout en dirigeant les comédiens.

Est-ce que la Russie actuelle vous inspire ? Pensez-vous qu’on pourrait en tirer une fable comme la vôtre ?

Non, parce que la Russie est toujours représentée du point de vue des Occidentaux qui ont le chic pour donner des leçons et distribuer des notes comme si ils étaient les rois du monde. Il est plus intéressant d’évoquer un pays en multipliant les points de vue. De manière générale, je ne pourrais jamais commenter l’Histoire en train de se faire. Je ne lis jamais la presse, ne regarde jamais la télé car je crois qu’il faut attendre que tout se décante pour savoir où se situe la vérité.

Propos recueillis par Hugo Guyon

De Fanny Ardant, avec Gérard Depardieu, Emmanuelle Signer, Paul Hamy… En salle