Billes en tête

« Et j’vis comme une boule de flipper, qui roule ! ». Ce n’est pas vraiment pour les beaux yeux de Corynne Charby qu’Emmanuel Marchand et Cédric de Vrieze collectionnent les machines à tilts. Plutôt pour renouer avec une vieille passion, un jeu vintage qui est en train de signer son grand retour dans nos contrées.

Pourquoi le flipper ? « Disons que nous sommes de grands enfants », concèdent Emmanuel et Cédric. Aujourd’hui pères de famille, ces trentenaires voulaient revivre ce petit frisson adolescent. Celui des années lycée et des cafés d’antan. Avec leurs salles enfumées, les derniers juke-box et, surtout, ces jeux où ils ont laissé quelques pièces : billards, baby-foot et, donc, les flippers. Cédric a commencé par en acheter un, puis deux… jusqu’à en compter 26 ! Et cela dans toutes les thématiques imaginables : franchises hollywoodiennes (Dracula, Frankenstein…) ou créations originales. Si bien que le sous-sol de sa maison, à Carvin (Pas-de-Calais) ressemble à un petit parc d’attraction, avec ses « bips » et ses lumières qui scintillent.

Mais, au-delà de l’effet madeleine de Proust, qu’est-ce qui leur plaît tant ici ? Pas forcément le désir de « scorer ». « C’est une synthèse, explique Emmanuel, qui en possède 18. Il y a le graphisme, très artistique, les gadgets, les animations… ». Sa machine préférée ? Le modèle « Famille Addams », plus grand succès du genre : 20 000 exemplaires écoulés depuis sa fabrication, en 1992. Une démonstration s’impose. « On allume, et hop ! Voyez : d’emblée, la musique nous plonge dans le film ». Sur le plateau, on admire tout un tas de bumpers, de lumières, de gadgets… Soudain, une main surgit et attrape la bille… c’est la Chose ! « C’est très drôle, parfois le flipper se moque de nous – “haha, t’es un p’tit rigolo toi !” – ou s’actionne tout seul, comme possédé ! »

La baraka !

Autre aspect, non-négligeable : « c’est un très bon jeu ». Eh oui, il ne s’agit pas d’appuyer sur les boutons comme un malotru. Il y a des règles à suivre. Par exemple le modèle « Créature du lagon noir », pour lequel en pince Cédric et qui nous renvoie en 1950. « Il est question d’adresse et de stratégie. Il faut viser là où ça clignote, mais dans un certain ordre, pour progresser, comme dans un jeu vidéo. Ici le but est de délivrer la fille prisonnière du monstre ». Star des bistrots dès les années 1960, le flipper a peu à peu disparu. La faute, entre autres, à Pacman et consorts… Mais depuis quelques années, le vent est en train de tourner. Une ligue nationale (LNJF) a vu le jour en France, organisant une compétition à l’échelle de l’Hexagone. De leur coté, Emmanuel et Cédric ont créé une association, « Pinball Madness », chapeautant tous les ans, en juin, un grand rassemblement à Carvin : la Baraque à Flip. La première édition, en 2015, a attiré 850 curieux. La seconde… 1 200 ! Corynne Charby devrait songer à un remix.

Julien Damien

A l’origine

Le flipper, une invention américaine ? Tatata… Son ancêtre est à chercher à la fin du XVIIIe siècle, en France, et se nomme le jeu de Bagatelle. Il s’agissait de lancer des billes sur une planche en bois pleine de clous et de trous.

Chicago

La Mecque du flipper, c’est Chicago, où des mécaniciens et électriciens au chômage ont créé ce jeu, après la crise de 1929. C’est donc ici que s’installèrent quasiment tous les constructeurs qui connaissent leur apogée dans les années 1960. Aujourd’hui n’en subsiste plus qu’une poignée, dont Stern Pinball qui produit encore deux modèles originaux par an.

A visiter

Ligue nationale des joueurs de flipper : lnjf.fr

Ligue Pinball Nord : lpnord.wordpress.com

Pinball madness : www.facebook.com/ labaraqueaflip