Toute une histoire

Alessandro Gottardo s’est d’abord rêvé écrivain. « Mais j’étais plus doué en dessin », confie-t-il. Tant mieux ! On a peut-être perdu un grand romancier, mais gagné un formidable illustrateur. Ce Milanais fait ainsi le bonheur de prestigieux clients : le New York Times, le Washington Post, le New Yorker, mais aussi HBO et de célèbres maisons d’édition telles que Penguin ou Random House. Pour autant, malgré ses désillusions littéraires, on retrouve dans les œuvres minimalistes de ce grand fan de Raymond Carver (pour qui il a conçu la couverture d’une traduction transalpine) cette même envie de raconter des histoires : « j’aime les suggérer, pour que le public les termine lui-même ». Quel monde parallèle ce petit garçon a-t-il déniché en soulevant la mer comme un tapis ? Vers où vogue cette gigantesque tortue portant un village sur sa carapace ? Qui sait… On remarque aussi cette esthétique vintage et un sens certain de l’ironie, notamment quand il détourne les sujets d’actualité. « Conceptuels, métaphysiques » comme il les définit, ses dessins sont toutefois exécutés avec simplicité : « je travaille d’abord au crayon, sur le papier. Je scanne ensuite ces croquis pour les finaliser numériquement ». Celui qui signe ses commandes sous le pseudo de « Shout » (et de son vrai nom pour ses projets personnels) demeure en tout cas très prolifique. « A un moment, je réalisais près de 300 illustrations par an, mais j’ai ralenti la cadence ces derniers mois… ». Le syndrome de la page blanche ? Plutôt la rançon du succès.

Julien Damien