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L'humour à la machine

Cette photographe tchèque installée à Prague manie l’absurde avec un talent certain. Pour preuve ces images mêlant réalité et fiction, triturant les corps des mannequins dans tous les sens et s’amusant des codes de la mode comme ceux de l’art. Entretien avec une créatrice qui  n’a pas la langue dans sa poche.

Quel est votre parcours? Comment êtes-vous devenue photographe ? J’ai d’abord voulu être ballerine, puis mannequin, mais cela n’a pas fonctionné  à cause de ma grande taille et d’une faiblesse cardiaque. Alors, je me suis lancée à l’âge de 18 ans, après avoir étudié l’économie… Pour faire mon intéressante je me baladais dans la rue et prenais n’importe quoi en photo. Mais progressivement, quelque chose a changé dans ma perception du monde.

Comment travaillez-vous ? En bonne psychopathe je terrorise mon équipe sur le plateau pour obtenir le meilleur résultat ! Je n’aime pas les surprises, j’essaie donc de tout préparer à l’avance. Notamment à partir de dessins précis grâce auxquels je concrétise mes idées les plus surréalistes dans la vraie vie. J’évite au maximum de tricher, de recourir à Photoshop.

D’où viennent les étranges vêtements de vos mannequins ?  Ils sont créés pas des couturiers, loués dans des magasins, achetés dans des friperies ou même fabriqués selon mes propres croquis.

Qui sont vos modèles et comment les choisissez-vous ? Cela dépend. Parfois ce sont mes amis ou des étrangers que j’aborde dans la rue. Mais la plupart du temps ce sont des professionnel(le)s.

Quel est votre rapport avec le monde de la mode ? Disons que je préfère la mode que le monde de la mode.

Miroko Maroko, 2015

 

Par exemple, comment vous avez réalisé l’image Miroko Maroko ? Zen magazine m’avait demandé de réaliser la couverture de son numéro de printemps. Le mannequin devait symboliser une fleur avec des mains telles des feuilles qui poussent. Dans sa tête, on a planté une aiguille d’acupuncture qui lui sert à recevoir les informations  provenant de l’univers. Notons d’ailleurs que le mannequin sur la photo est une designer de renom et une bonne amie.

Comment choisissez-vous vos couleurs ? Elles sont le reflet de mon état d’esprit. Dans les tons pastel et très douces, à l’image du monde dont je rêve. Par contre, les motifs « bizarres » renvoient à ma propre réalité.

Que voulez-vous provoquer chez le spectateur avec vos photos ? Je veux qu’il rate son train parce qu’il regardait mes photographies !

Décidément, l’humour semble être le moteur de votre œuvre…  L’humour noir est en quelque sorte ma langue maternelle. Cela me permet de parler librement. Il compense également un défaut d’émotions, en tout cas celles que je ne suis pas capable de montrer. Tout comme mes mannequins : ils n’ont pas d’expression, leur attitude en dit long.

portfolio_bara_prasilova_19

 

Votre sens de l’absurde traverse aussi votre oeuvre, n’est-ce pas ? Lorsque vous êtes enfant et que vous ouvrez le frigo pour y trouver un embryon humain dans un pot de Nutella, tout semble normal après ça….

Pour qui travaillez-vous ?  Je collabore avec des studios de design, des couturiers, des agences publicitaires et des magazines. Mais, j’agis comme si je travaillais seulement pour moi. C’est ainsi que je construis mon boulot.

Exposez-vous ? Très peu. Je ne cherche pas à le faire mais suis flattée quand on me le demande.

Quels sont vos projets ? Je viens de terminer une grosse commande pour un théâtre national : la création d’un visuel pour sa prochaine saison. Peu de temps après, une de mes photos a été vendue aux magasins Ikea, partout dans le monde. Je reçois d’innombrables commentaires positifs pour ces images.

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© Zak Eazy